Histoire d’un élément structurant: le Corset

Selon le dictionnaire Larousse:  » Corset -(n-m): Un corset, du vieux français cors, lui-même dérivé du latin corpus, est un sous-vêtement féminin porté du XVIe siècle au début du XXe siècle comportant des baleines et destiné à modeler le buste suivant des critères esthétiques variables au fil des époques »

Sous vêtement essentiel porté depuis les temps immémoriaux pour les uns , carcans pour les autres. Symbole de féminité pour les uns ou d’oppression pour les autres , le corset revêt de multiples aspects depuis sa création.

HorstP.Horst Publicité pour le corset Mainbocher 1939

Horst P.Horst Publicité pour le corset Mainbocher 1939

  Premiers ajustements

Pourquoi au XIVème siècle les femmes commencent-t-elles à se serrer le buste ? Cela correspond à des modifications de mœurs dues à l’influence de la religion. L’image de la Vierge modèle la femme comme une personne douce et maternelle. Associé à une prise de conscience de l’individualité, on cherche à mettre en valeur son propre corps par ajustements et contrastes de volume.

On l’obtiendra par deux moyen : l’ajustement très serré de vêtements lacés (c’est le cas du bliaud et de la cotte au XIIIème siècle)  et du port de bandeaux connus depuis l’antiquité (Ancêtre : La zona grecque ou son équivalent romain: le strophium utilisé pour faire du sport )

Isabeau de Bavière, reine de France, vers 1400, statue de Guy de Dammartin. Elle porte une cotte et une surcote garnie de coches/ Strophium romain sur une mosaïque de Sicile/ Bliaud, statue de la cathédrale de Chartres.

Isabeau de Bavière, reine de France, vers 1400, statue de Guy de Dammartin. Elle porte une cotte et une surcote garnie de coches/ Strophium romain sur une mosaïque de Sicile/ Bliaud, statue de la cathédrale de Chartres.

Les premières formes de baleinage ajoutés au vêtement apparaissent : on renforce d’abord à l’aide de carton très rigide le devant des Bliauds puis viendront les Coches dont l’attribution est à Isabeau de Bavière (1371-1435) insérés dans la surcotte ( tunique fendue largement sur les cotés), sortes de lamelles de bois dur mais flexible.

  Innovations pour enserrer et soutenir plus encore.

Fin du XVème, début du XVIème, des dessous séparés du reste des vêtements apparaissent.

La basquine, appelée aussi « vasquine » est un corsage ou petit pourpoint sans manche en forme d’entonnoir. Elle enserre le buste , remonte la poitrine en l’écrasant et comprime la taille. Au début la rigidité était obtenue au moyen de cartons bouillée insérés entre deux couches de lins apprêtés puis viendra par la suite les baleines en osier ou fanons de baleine. Lacée ou agrafée dans le dos, la basquine est pourvu d’une coche frontale. Les basques servent à accrocher jupons et jupe à l’aide de cordons. Le plus souvent, cette basquine sert de corsage et est doublée sur le dessus du même tissu que la jupe. La Basquine s’accompagnera du Vertugade, entonnoir d’osier pour faire gonfler la jupe.

Sous Henri III ( 1574-1589) apparait le corps piqué qui devient sous vêtement à part entière. La rigidité est obtenue par des piqures apparentes et très rapprochées. Descendant très bas en pointe sur le devant, il est outrageusement serré à la taille et écrase toujours la poitrine. Un busc frontal fait de lamelle de bois, fanons de baleine ou joncs assure la rigidité. Sous le règne suivant d’Henri IV, la pointe du devant s’allongera considérablement. Il devient en outre corps à baleines lorsqu’à la place des multiples piqures de rigidité, on ajoutera des fanons de baleine. Le raidissant encore davantage.

Sous Louis XIII ( 1589-1610), la mode évoluant beaucoup va voir la l’emplacement de la taille des femmes remonter. Le corps à baleine s’adapte : il raccourcit, avec ou sans basques, ses épaulettes briment le mouvement des bras. Le baleinage est plus souple mais la carrure dos est diminuée dans le but de rejeter les épaules en arrière.

corsage corsetant vers 1650/ précieuse vers 1655/ Corset de satin 1620 Angleterre

corsage corsetant vers 1650/ précieuse vers 1655/ Corset de satin 1620 Angleterre

Sous Le règne du Roi-Soleil ( que l’on peut diviser en trois périodes : 1643- 1681- 1709- 1715) , Les sous vêtements resteront assez similaires dans la forme, seuls les matériaux et le baleinage vont varier, allant vers toujours plus de rigidité et plus de matériaux précieux.

Inutile de rappeler que ces sous vêtements sont destinés à une élite aristocratique . Les paysannes vont continuer pendant longtemps à porter des corsage ajustés pour maintenir leur poitrine et toujours assez souples pour permettre le travail aux champs.

Recueil des modes de la cour de France, 'Femme de Qualité Estant a sa Toilette' Jean Dieu de Saint-Jean 1683/ Corps milieu du XVIIème/ Corset en broché époque Louis XIV

Recueil des modes de la cour de France, ‘Femme de Qualité Estant a sa Toilette’ Jean Dieu de Saint-Jean 1683/ Corps milieu du XVIIème/ Corset en broché époque Louis XIV

Les courtisans et nobles dames de la cour se doivent de porter le Grand-Habit, support de leur richesse et marqueur de leur statut social. Le corps de cour, plus rigide que jamais se portent sous de longues robes à traine. Très baleiné , en fanon, toujours contraint aux épaules, il est pourvu de tassettes s’évasant sur les hanches pour accrocher jupes et jupons. Au cours de cette période, le corps à baleines est doté de coutures supplémentaires et l’ajustement aux lignes sinueuses du buste va s’amorcer. Le busc frontal fait de bois ou d’os voir d’ivoire pour les plus fortunées est richement gravés. Il n’est pas rare qu’on le voit aux mains des élégantes badinant avec , car à cette époque, il est amovible pour gagner en confort.

Vers la fin de la période, le corps devient visible et porté sur une robe ouverte : la Mantua ( tenue par ailleurs décriée par Louis XIV car trop communes, il imposait le port du grand habit de cour)

baroque two

Gravure de Maurice Leloir figurant une dame en 1697 enfilant son corps/ Mantua vers 1708, Angleterre/ Corps à baleines vers 1670, Angleterre/ Busc amovible gravé plus tardivement au début du XIXème siècle

Robe Volante, 1735-1740, Metropolitan Museum

Robe Volante, 1735-1740, Metropolitan Museum

Sous la Régence ( 1715-1722), l’étiquette du précédent règne de Louis XIV pèsent trop et les courtisans vont s’en affranchir peu à peu. Les robes gagnent en souplesse. Les femmes commerçantes( cherchant à imiter les usages des nobles)  et celles de la haute bourgeoisie , vont porter ces corps à baleines. Cette » démocratisation » va permettre aux formes d’évoluer afin de s’adapter à une activité minimale . Les épaulettes par exemple, reviennent à leurs places naturelles . Les robes volantes très en vogue à cette époque sont dénuées de tout artifice. La préciosité est concentrée sur les pièces d’estomacs très ornementées.

Pièces d'estomacs entre 1700 et 1720/ Robe volante 1723 Lacma Museum

Pièces d’estomacs entre 1700 et 1720/ Robe volante 1723 Lacma Museum

Sous Louis XV ( 1723-1774), le corps à baleines va regagner en raideur et comprime toujours la taille. A noter que depuis 1660, la fabrication de ceux-ci est devenue une profession réservée exclusivement aux hommes : « les tailleurs de corps » .Le corps est dit fermé s’il se lace dans le dos et ouvert s’il se lace sur le devant. Le devant du corps aristocratique est richement orné : c’est la pièce d’estomac ou busquière. Pièce rapportée très rigide, elle est attachée directement sur le corps à baleine au-devant et peuvent faire varier les robes qui viennent par-dessus directement cousues sur la personne au-devant.

Toilette d'une Elégante de Freudberg/ Corps à Baleine, Planche tailleur de corps; L’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers est une encyclopédie française, éditée de 1751 à 1772 sous la direction de Diderot et de D’Alembert/ L e tailleur de corps par Pierre-Auguste Wille

Toilette d’une Elégante de Freudberg/ Corps à Baleine, Planche tailleur de corps; L’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers est une encyclopédie française, éditée de 1751 à 1772 sous la direction de Diderot et de D’Alembert/ L e tailleur de corps par Pierre-Auguste Wille

Sous Louis XVI (1774-1789), le corps à baleine pointu et rigide du règne précédent n’est porté que sous les robes de grand apparat. Marie-Antoinette va subir difficilement ce port quotidien durant les premières années de sons règne. L’esprit des Lumières, de l’individualisation passe par là et l’on cherche à gagner en confort. La mode anglaise amplifie ce phénomène jusqu’à la  disparition du corset rigide pendant le Révolution au profits de corsets plus appréciés: les corsets semis-baleinés

louis XVI

Corset américain 1780 MET, Corset pour enfant 1770, Corps à baleines fin XVIIIème Espagne/ Corset vers 1780 Angleterre.

 Bouleversements des mœurs, fin  du corps-carcan aristocratique

La Révolution balaye les modes aristocratiques. Un groupe très restreint,  les Merveilleuses vont abandonner totalement le corset ( elles se promènent nues dans Paris sous leur robe fine)  ou bien le remplacer ( suivant la mode d’un retour à l’Antique) par un bandeau évoquant la zona grecque ( cf illustration au début de l’article). La taille très haute est cependant serrée dans une brassière croisée ou courte pour soutenir les plus fortes poitrines.

L’Anticomanie continuera d’inspirer l’art de vivre et la mode sous Napoléon.

Potrait de Juliette Récamier vers 1805 par François Gérard/ françois gérard 1805-

Portait de Juliette Récamier vers 1805 par François Gérard/ François Gérard 1805-  » Quelle antiquité ! , Ah quelle nouveauté !  » Gravure de Chataignier, 1797

Sous le Premier Empire en 1809-1810 , le corset revient en grâce. Napoléon aspire à plus de stabilité et les femmes de sa cour se doivent d’être bien présentées et respectables Ceci dans le but de rompre avec les Merveilleuses affranchies de toute contrainte mais aux mœurs légères.. Ce nouveau corset enserrant buste et hanches est légèrement baleiné. La rigidité sera obtenue essentiellement par le cordage ( action d’insérer des cordes rapprochées entre deux couches de tissus pour le rendre rigide). Il possède un busc  en bois qui raidit fortement le devant écrasant l’estomac et montant très haut les seins en les séparant. Les goussets permettent de présenter la poitrine comme sur un plateau. Le corset arboré sous les fastueuses robes de cours est dit Corset à la Ninon.

Corset court se croisant dans le dos vers 1810, Musée Galliera/ Corset à la Ninon, 1810/ Corset vers 1815 cordé/ Caricature de James Gilleray vers 1810

Corset court se croisant dans le dos vers 1810, Musée Galliera/ Corset à la Ninon, 1810/ Corset vers 1815 cordé/ Caricature de James Gilleray vers 1810

Avec la Restauration ( 1815-1829) le corset conserve les formes acquise sous le Premier Empire mais la ligne de taille va redescendre à la place naturelle .

  Retour à une raideur et un ajustement progressif

Sous Louis-Philippe (1830-1848) l’ère romantique bat son plein. La coupe va répondre aux nouvelles formes de robes dont les épaules et les hanches supportent des volumes grossissants . La bourgeoise triomphante partage en commun avec les aristocrates le port de corsets très similaires.

La femme ressemble à un sablier avec une taille très fine, des hanches et une poitrine développée….

Corset anglais cordé vers 1830/ Le coucher par Devéria 1829/ Corset cordé vers 1830- V.A Musuem

Corset anglais cordé vers 1830/ Le coucher par Devéria 1829/ Corset cordé vers 1837- V.A Musuem

Autre invention majeur : la fabrication du Busc en deux morceaux : Petite révolution qui combiné à un laçage dit à la paresseuse : les femmes vont pouvoir s’habiller seules. Apparition également de l’acier petit à petit remplaçant les fanons de baleines trop chassées .Le métier de corsetière redevient à ce moment exclusivement féminin et les tailleurs de corps n’existent plus, remplacés par les Corsetières.

A la fin de la période,  la poitrine commence à redescendre à un niveau plus raisonnable sue sous l’empire et le corset de plus en plus ajusté aux courbes féminines va s’allonger et bien englober les hanches.

Invention majeure : les œillets métalliques en 1829 vont remplacer les œillets brodés mains plus fragiles et permettre d’acquérir une nouvelle solidité qui va permettre aux femmes de se comprimer toujours plus et encore jusqu’en 1910 environ.

Topic: Les corsets de grossesse: On voit apparaitre à le fin du XVIIème des corsets destinés aux femmes enceintes. Des laçages latéraux permettent de serrer plus ou moins durant le stade de conception. Instruments barbares, ils engendraient des enfants petits car contraints et enserrés dès le début dans le ventre de leur mère. Sous le Second Empire, des parties caoutchoutées sont rajoutées aux systèmes de laçage pour un confort sommaire.

Corsets de grossesse:

Corsets de grossesse: 1850/ 1880 et 1885/ 1889/ Femme de profil et devant vers 1900/ 1915/ Publicité américaine vers 1913

Sous le  Second Empire ( entre 1848 et 1870).Entre 1840 et 1850, le corset se raccourcit sur les hanches et se taille même légèrement en pointe sur le devant ( Serait-ce une évocation du passé ?) Sous l’immense crinoline qui ne cesse de grandir pendant cette période, les hanches se trouvent dégagées et l’ajout de coutures supplémentaires permettent au corset de supprimer les goussets de hanches ou de poitrine ( vers 1860) La ligne de poitrine descend alors très bas juste au niveau des mamelles et le décolleté s’horizontalise.

Corset du Harpeer Bazar, 1860/ Corset court beige vers 1863

Corset du Harpeer Bazar, 1860/ Corset court beige vers 1863

Sous l’impulsion des cocottes et autres Lionnes qui commencent à faire leur carrière de courtisane, les dessous ( dont les corsets ) autrefois blancs, signe de pureté et de propreté, vont commencer à se colorer. Le corset commun restent cependant fait de coutil noir ou blanc alors que leur homologues haut de gamme sont confectionnés avec du satin, de la soie, des brochés….

Les activités sportives prennent un essor considérable sous l’impulsion notamment d’Eugénie épouse de l’empereur Napoléon III , très grande marcheuse et cavalière émérite. Certains corsets vont se faire plus souples et l’on voit apparaitre des morceaux de caoutchouc aux corsets «  des bains de mer » portés sous l’étrange maillot de bain de l’époque.

Corset 1868 Angleterre/ Corset du Kyoto costume Institute, 1868

Corset 1868 Angleterre/ Corset du Kyoto costume Institute, 1868

  Empire sans partage du corset

L’avènement de la troisième république (1870-1940) fait évoluer considérablement la mode. On abandonne les amples crinolines responsables de désagréments voir d’accidents mortels;  Les jupes se resserrent autour des hanches dont l’ampleur est rejetée vers l’arrière et se  surchargent de décorations, bouillonnés galonnages…

Les corsets vont se rallonger devant à mesure que le volume de la jupe lui diminue. Vers 1875, le buste se galbe et le busc devient en poire ou à la cuillère. Cette « cuillère » permet d’écraser plus encore l’estomac et était apparemment décriée par  les hommes. Le corset creuse toujours plus la taille et fait ainsi ressortir le ventre et la poitrine. Les découpent du corsage vont alors englober cette courbes et cintre courbes aisément visible sur les femmes de profil. Le volume principal au niveau du postérieur est mis en valeur, signe d’érotisme.

Busc droits et cuillère vers 1870-1890/ Corset noir vers 1875/ Dos corset satin 1879

Busc droits et cuillère vers 1870-1890/ Corset noir vers 1875/ Dos corset satin 1879

Les robes princesse des années 1879-82 (en hommage à la princesse Alexandra de Wales dont la silhouette était très élancée et fine) vont donner leur nom à une découpe ne comportant aucune césure à la taille, mettant en valeur le galbe du buste. Le corset va suivre ce mouvement et se muer en corset cuirasse. Ce modèle descend profondément sur les hanches et soutient plus haut la poitrine, créant ainsi une forme très allongée de buste. Il modèle le corps et gène les mouvements.

Corsets 1880/ 1879/ corset jaune vers 1886 MET/ corset cuirasse 1889

Corsets 1880/ 1879/ corset jaune vers 1886 MET/ corset cuirasse 1889

C’est à partir de ces années là que le raffinement des finitions ( plus particulièrement sur les corsets des mariées) atteint les sommets : Les abeilles font leur apparions : Broderies en forme de fleurs , de branchages… Réalisées avec un  fil de soie, elle permettent de maintenir les baleines dans leur couloir et créent une finition supplémentaire.

Publicité pour un corset en 1889/ 1885 en soie brodée/ 1880 cuirasse

Publicité pour un corset en 1889/ 1885 en soie brodée/ 1880 cuirasse

1880-1885 : Apparition des portes jarretelles : ce sont des lanières accrochées à une ceinture indépendante du corset. On assiste à une spécialisation du corset en fonction des activités sportives qui se vont de plus en plus diversifiées ( montagne, équitation et bientôt : vélocipède) Ces corsets sont très échancrés sur les hanches en conservant la pointe de devant pour permettre le mouvement.

Corsets sportifs h en b, d à g: Corset en cuir / Corset devant et dos 1005 pour les bains de mer/ corset vers 1870 aéré pour l'été/ corset échancré pour l'équitaion, 1905/ Corset d'équitation noir / Deux femme cyclistes vers 1890

Corsets sportifs h en b, d à g: Corset en cuir / Corset devant et dos 1905 pour les bains de mer/ corset vers 1870 aéré pour l’été/ corset échancré pour l’équitation, 1905/ Corset d’équitation noir / Deux femme cyclistes vers 1890

1890 : Le busc devient droit et rectiligne, le corset raccourcit à nouveau .La marque Cadolle fait breveter en 1889 le corselet gorge qui ne structure pas mais soutient juste la poitrine.

Brevet du corset Cadolle

Brevet du corset Cadolle

  Nouvelles esthétiques contraignantes appliquées aux femmes en corset

1900 , Le  goût artistique grandissant pour le végétal, dit Art Nouveau ,développe  ses courbes et contrecourbes dans tous les arts appliqués, mobilier urbain, peinture…  (en opposition au siècle industriel droit et rectiligne).Il va également influencer la silhouette féminine.

La ligne de poitrine descend fortement.  Le corset englobe le haut des hanches et soutient le buste. La statique des femmes est bouleversée : elles ne peuvent presque plus s’assoir tant le corset contraint. Elles sont obligées de se tenir très cambrée (esthétique encouragée par l’Art Nouveau) car le baleinage convergeant vers le bas en une pointe acérée oblige le rejet du postérieur vers l’arrière tout en écrasant l’estomac.

Chronologie du corset entre 1900 et 1905. Source Bride on the body

Chronologie du corset entre 1900 et 1905. Source Bride on the body

En discutant avec une amie kinésithérapeute, celle-ci m’a expliquée » que dans une posture extrêmement cambrée( qu’elle soit naturelle ou forcée) , « le centre de gravité se déplaçant plus en avant du corps,  oblige l’estomac par gravité à se gonfler. » Les femmes en S de 1900 voyaient donc le mouvement naturel de leur corps fortement contraint et empêché par cette découpe. Etant moi-même très cambrée naturellement,  je peux imaginer aisément  l’inconfort total que provoquait le port de ces corsets.

1904- 1903- 1905

Corsets dits en « S »: 1904, le Bon Marché Paris / 1903/ 1905

On développe pendant toute la période des corsets de plus en plus spécialisés : orthopédique pour guérir ; pour jeune fille (afin de les habituer tôt) ;  pour les nouvelles activités sportives ;  corset plus souple pour le voyage, ainsi que pour les saisons chaudes… Nous avons aussi le corset ruban dont le seul baleinage est conservé au milieu dos et devant. Les premiers corsets allongés,  portés avec un soutien-gorge dissocié, donneront lieu plus tard (dans les années 1930 à 1950 )  à nos fameuses gaines de grand-mère couleur chair.

1908 présentation d'un modèle de corset/ catalogue américain 1905/  la

1908 présentation d’un modèle de corset/ catalogue américain 1905/ la « Gibson girl », modèle stéréotypé du canon féminin de la période

Pour compléter l’achèvement de cette silhouette sinueuse, les élégantes à poitrine menue utilisaient des subterfuges  pour gonfler artificiellement leur gorge : Petit plastron à nouer sur lequel était fixé une succession de petits volants, voire parfois, structures baleinées pour gonfler la poitrine.

Soutien gorge breveté en 1898/ Cage augmantant le volume de la poitrine, vers 1900/ Sous vêtements dont plastron à volants vers 1905

Soutien gorge breveté en 1898/ Cage augmentant le volume de la poitrine, vers 1900/ Sous vêtements dont plastron à volants vers 1905

1905-1910 : Le corps s’allonge, les lignes sont plus étroites. Plus rien ne soutient la poitrine qui n’est tenu plus que grâce à la tension de la chemise de corps. Le corset ne maintient plus que le buste et les hanches, par contre, il s’est fortement allongé jusqu’à mi-cuisse gênant ainsi la marche des femmes (couplé avec la mode nouvelles d’une extrême étroitesse des jupes au niveau des chevilles). La marche, la station assise deviennent presque impossible et donne un air guidée et fragile aux femmes corsetées.

Chronologie du corset 1910-1919. Source Bridge on the body

Chronologie du corset 1910-1919. Source Bridge on the body

Boutique de corsets parisienne vers 1910/ Corset américain 1910/ Corset 1913

Boutique de corsets parisienne vers 1910/ Corset américain 1910/ Corset 1913

Image de charme vers 1912/ Publicités pour corsets en 1915

Image de charme vers 1912/ Publicités pour corsets en 1915

Topic: Se serrer toujours plus jusqu’à en mourir ? Démystification de la taille toujours plus fine.

Ici aussi, on notera que ce corset en S n’était porté que par les plus élégantes des femmes. Nous ne nous habillons pas aujourd’hui au quotidien comme ces mannequins de magazines de mode. Il en allait de même à tout les époques pour les femmes qui suivaient plus ou moins fidèlement la mode .Le corset de  » madame tout le monde »  était avant tout un sous vêtement qui tenait le buste, sans chercher à le contraindre ou le modifier à l’extrême. On peut retrouver une similitude dans notre vie actuelle: les femmes cherchent le maintien et le confort avec les nouvelles générations de gaines sans pour autant chercher une taille creusée ou un ventre rentré.

La reine Victoria d'Angleterre vers 1875 et ses desous !

La reine Victoria d’Angleterre vers 1875 et ses desous !

Femme en corset vers 1900/ 1815 Portrait de Alexandra Lanskaya par Orest Kiprensky / Robe de bal vers 1910 par C.F Worth

Femme en corset vers 1900/ 1815 Portrait de Alexandra Lanskaya par Orest Kiprensky / Robe de bal vers 1910 par C.F Worth

  Epilogue – Temps modernes

La guerre de 1914 oblige les femmes à travailler. Il n’est guère plus temps de s’amuser à minauder en corset, l’heure est à l’effort de guerre. Le corset tombe dans l’oubli et s’efface au profit de gaines très peu baleinées et bientôt entièrement élastiques (développées grâce aux progrès de l’industrie pétrochimique) qui se porteront jusque dans les années 50 où elles regagneront pour un temps un baleinage assez contraignant ( Les guêpières) .

Lingerie et gaine corset 1920/ 1930/ Cadolle 1938/ Publicité américaine 1940/ Guêpière années 50  Musée des Arts Décoratifs

Lingerie et gaine corset 1920/ 1930/ Cadolle 1938/ Publicité américaine 1940/ Guêpière années 50 Musée des Arts Décoratifs

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 AVERTISSEMENT : Vous pouvez partager cet article où vous le souhaitez, mais sachant qu’il est le fruit de recherches , rédaction et  documentation personnelle conséquente, je vous remercie de citer vos sources. Soyons tous respectueux des travaux de chacun.

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Sources/ Pour en savoir plus :

> Corset and Crinolines de Nora Waugh

>Dictionnaire du costume de Maurice Leloir

>Histoire des structures hautes et basses par Mme Véronique de Saint-Riquier.

> Le corset à travers les âges par Ernest Leoty, 1893.

> La mécanique des dessous, exposition au musée des Arts Décoratifs Paris.

> Gallica (bnf.fr)

> Digital gallery V&A Museum

> 1915, America – Corset by H & W Company

> Digital gallery MET New-York

> Digital archives Kyoto Museum

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12 réflexions sur “Histoire d’un élément structurant: le Corset

  1. Fanny dit :

    Coucou,
    Petite question (faut pas prendre mal, je demande seulement) : pourquoi commencer à parler « corset », puis « corps » puis re-« corset » alors qu’au 17e et 18e siècle le corset existe tout à fait mais n’est pas la même pièce de costume que le « corps » ? Et du coup pourquoi zapper le « corset » lui-même sur cette période ? La biblio que tu as cité fait le même amalgame justement :/ le corps ce n’est pas le corset et inversement… Je sais qu’il y a peu de sources mais il y en a quelques unes où c’est très clair (entre autre les actes du colloque de « fastes de cour » et je peux redemander ses sources à l’ami chercheur pour le 17e -car nous discutions justement de ce thème dernièrement-).

    J'aime

    • defilendentelle dit :

      Hello Fanny ! Pas de soucis, c’est en questionnant qu’on arrive à bien cerner les choses et tu soulèves un point très intéressant ;) .

      On peut déjà commencer à signaler le fait que nous n’avons pas vécu à l’époque, et que certains mots employés peuvent avoir un sens dont la subtilité nous échappe. Un peu comme aujourd’hui si je prends un exemple très trivial: la différence « ordi-PC- Mac-Ordinateurs « , les générations du futur penseront peut être qu’il existait différents type de machines ? Alors qu’au fond, nous avons juste pris l’habitude d’utiliser différents mots pour dire la même chose. Pour prendre un autre exemple plus d’époque: la dénomination des couleurs ( je vais faire un topic prochainement) C’est tellement subjectif que ces noms sont utilisé à foison et différemment selon les époques pour dire la même chose. Comment qualifier un  » veuve réjoui »,  » bouton du matin » etc… ?
      Parfois il faut savoir prendre avec des pincettes les différents ouvrages qui prennent un parti différent, le contexte étant posé, passons à l’objet lui-même:

      Pour ma part, ma formation et la lecture des différents docs ont tous évoqués ces  » corsets » du Moyen –Age qui était en réalité ce que nous appelons « robe » de nos jours. Peut-être n’était-ce pas le bon mot, mais je considère que quand plus de deux sources citent la même chose: on peut leur accorder du crédit. A cette époque: le corset désignait une robe – et non le sous vêtement baleiné que l’on connait, terme qui date du XIXème dans sa conception moderne – et dont la fonction était de maintenir le buste . Rien n’empêche que deux siècle plus tard, le terme soit réutilisé pour désigner un vêtement ayant une fonction similaire de maintien du buste. La différence entre corset et corps réside selon moi dans la quantité de baleinage utilisé: j’ai toujours entendu dire que le « corset » est plus souple que le « corps  » . D’où cette différence entre l’appellation  » corps de cour » ultra baleiné, porté exclusivement par l’aristocratie et les premiers retours du mot « corset » vers 1780: dérivés du corps de cours mais moins baleiné, plus confortable et suivant toutes la ligne philosophique des Lumières. ( oui on va loin ;) Qui sait: peut-être qu’à cette époque, les femmes du peuple portaient petits corsages ou petits éléments appelés corsets ? Et quid des corselets ? Et quid des « corps de jupe » du XVIIème qui n’ont rien à voir avec le corps à baleine ? là le corps est synonyme de  » partie de », tout comme le corps de cotte ( qui désigne une partie de la robe revêtant le torse) et c’est là qu’on peut aisément perdre les pédales: car à la même époque dès le Moyen-Age, on parle de corset et de corps ! Je pense que la différence s’est affirmée par le port des robes de cours : les « corps baleinés » étant visibles sous les mantua et parfois sous les robes à la française: là le » corps » partie de vêtement rejoint le  » corps » sous vêtement. C’est vrai que ce débat étymologique peut faire tourner la tête !
      Je n’ai même pas parlé des  » corps de « métal » sur lesquels se divisent les chercheurs et dont l’utilisation exact reste encore sujet à débat. Hélène a fait un très bon article traitant de la sélection de la mémoire en fonction des pièces survivantes jusqu’à nous: pas facile dans ces conditions d’imaginer la réalité quotidienne.

      Pour conclure, par tradition ou par déformation, nous avons adoptés ces mots, nous avons choisi une définition , peut-être à tort, mais il sera difficile de déceler la vérité absolue, sans avoir face à nous les femmes qui l’auront vécu ;)
      Voilà j’espère t’avoir éclaircie un peu malgré ces longues digressions et ce très grand pavé (quand on me lance là-dessus…^^ ) Je serais ravie d’entendre la version de cet ami chercheur sur ce point.

      J'aime

  2. Catherine Memarian dit :

    Toujours un grand plaisir à lire vos articles si rigoureux et précis et dans lesquels on peut discerner les qualités d’une véritable historienne du costume. Votre blog est un outil unique et incontournable. Merci Marie Laure.

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  3. Sophie dit :

    Merci pour ces très instructive sinformations !J’ai une question sur les corsets sportifs que tu présentes, j’ai besoin de ton aide : pourrais tu m’indiquer de quelle source proviennent ces superbes photos ? (la plupart des ouvrages que tu cites ne sont pas accessibles librement, j’aurai besoin de connaitre lequel pour me le procurer ou le consulter plus spécifiquement)

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    • defilendentelle dit :

      Bonjour Sophie,
      Merci pour ton commentaire !
      En effet tous les ouvrages en sont pas accessibles gratuitement. Pour les corsets sportifs, par soucis de clarté je n’ai pas mentionné les sources de chacun. La plupart viennent du Metropolitan Museum of New York (MET). Leur banque de données en ligne est consultable dans le catalogue du site officiel de ce musée. Le corset respirant d’été provient d’une vente aux enchères américaine. J’ai croisé tous les ouvrages cités en fin d’articles et mes connaissances personnelles pour chaque paragraphe.

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