Robe de bal à tournure 1877

Ah, les robes dîtes à tournure se situant entre les années 1876 et 1880 sont sans conteste l’esthétique que je préfère de loin !

Quelle grâce, quelle profusion, quelle majesté incarné dans ces femmes sirènes qui font glisser leurs traînes sur les beaux parquets des réceptions officielles de la Troisième République fraîchement crée !

Petite chronologie de la robe à tournure.

La guerre de 1870 ne provoque en France qu’un changement de régime politique. La société reste la même, avec son goût du pastiche du XVIIIème et Renaissance, réunis dans un éclectisme hérité du règne de Napoléon III. La richesse du pays, la stabilité de la monnaie, la main d’œuvre à bon marché contribuent à accentuer une tendance déjà très nette à la surcharge. Le style tapissier transpose sur les toilettes des femmes les drapés, les franges, les galons qui emplissent les appartements. La femme semble noyée dans son décor quotidien. La bourgeoisie déjà bien installée et influente sous le règne précédent va exulter.

Charles Frederick Worth, premier représentant de la haute couture ayant régné sans partage sous Napoléon III (Je vous renvoie à mon article sur l’impératrice Sissi : XXX et sur l’histoire de la robe à crinoline : XXXX), commence à avoir des imitateurs comme Margaine-Lacroix, Laferrière, Raudnitz, Redfern et Doucet.

Les journaux féminins tels la Mode Illustrée et l’Art et la mode sortent en grand tirage. La mode s’étend jusque dans les profondes campagnes où les dames coquettes se renseignent chaque mois sur la dernière mode de Paris.

La tournure, ce sous-vêtement hérité de la crinoline projetée qui avant était crinoline ronde, jusqu’aux paniers du XVIIIème siècle. La forme de celle-ci délimite les périodes de phases d’évolution de la mode sur les vingt ans à venir.

Jupons: 1874 Catalogue du Bon marché/ Jupon 1874, Angleterre/ jupon à volant 1878, catalogue américain/ Jupon de 1877, catalogue français

Jupons: 1874 Catalogue du Bon marché/ Jupon 1874, Angleterre/ jupon à volant 1878, catalogue américain/ Jupon de 1877, catalogue français/ Jupons à volants sans armatures: 1878 France.

De 1869 à 1874, après une apparition timide sous forme de coussin de crins placés au creux des hanches sur la crinolinette (crinoline tardive réduite à sa plus simple forme), la tournure prend du volume, se dote de volants amidonnés et enveloppe les hanches. La crinolinette se modifie, crée une armature supérieure pour faire rebondir le postérieur et supporter les nouvelles toilettes qui s’alourdissent déjà de plus en plus. Un jeu de cordon permet de projeter plus ou moins le volume de la structure en arrière.

Grande variété de structures: Crinolinette vers 1869/ Tournure 1871, Catalogue français/ Jupon tournure de crin avec armature intérieure/ Tournure américaine rembourrée vers 1872/ Tournure cage 1875/ Tounure à plateaux vers 1871/ Brevet français pour une queue d'écrevisse 1877/ Mini jupon gommé de volants , 1879/ Tournure écrevisse, 1881.

Grande variété de structures: Crinolinette vers 1869/ Tournure 1871, Catalogue français/ Jupon tournure de crin avec armature intérieure/ Tournure américaine rembourrée vers 1872/ Tournure cage 1875/ Tounure à plateaux vers 1871/ Brevet français pour une queue d’écrevisse 1877/ Mini jupon gommé de volants , 1879/ Tournure écrevisse, 1881.

Solidement soutenues, les robes se garnissent de sur-jupe dont la polonaise très en vogue entre 1869 et 1875. Réminiscence de la robe à la Polonaise du XVIIIème siècle, il s’agit d’une sur jupe gonflée à l’aide de cordons intérieurs. Le tout outrageusement garni de dentelle, plissés, bouillonnés,  franges et autre garniture toutes plus nombreuses les unes que les autres, présentes sur le corsage et en rappel sur toute la robe.

Les corsages qui placent la taille un peu au-dessus de sa ligne naturelle, peuvent être courts sur une sur-jupe amovible. On peut varier ainsi les robes à transformations héritées du Second Empire avec de nouvelles combinaisons possibles. Le corsage peut être à basque plus ou moins longues créant ‘autres types de sur-jupe. Je ne détaillerai pas plus les types de garnitures et jupes tellement elles sont nombreuses. Je vous invite à admirer les gravures de cette période.

Pour la ville, le corsage se dote de anches pagodes, les décolletées peu échancrées ouverts en carré et garni de guimpes ou col à petits revers. Les robes du soir sont à manches courtes avec des décolletés en bateau ou carrés, toujours portés avec des gants longs de cuir ou de chevreau. La traîne s’étale et devient le support de toutes les extravagances d’ornements : rubans de velours placés en lignes géométriques, plissés plats, bouillonnés, chicorées découpées… La soie est majoritaire pour toutes ces robes.

Tenues de jour: 1870 Lacma/ Tenue de ville 1871/ Gravure de mode 1871/ Harpeer Bazar 1875.

Tenues de jour: 1870 Lacma/ Tenue de ville 1871/ Gravure de mode 1871/ Harpeer Bazar 1875.

Pour sortir en ville, la femme peut revêtir une « visite » qui descend un peu en dessous des hanches et une sortie de bal pour le soir (plus richement décorée). Les châles cashmeres très présents au Second Empire sont découpés pour former les visites.

Sur les cheveux réunis à l’arrière de la tête et formant un volume très haut pour équilibrer la silhouette, de longues anglaises se déploient ou réunie dans un large chignon. Surmontés par un petit chapeau ovale porté en avant, à calotte basse ou étroite. La chapellerie n’échappe pas à ce style tapissier et recouvre ses création de glands, de passementerie, de dentelle, de plume et de rubans, dont les fameux rubans flottants descendants à mi-hauteur du dos et répondant au doux nom de «  Suivez-moi jeune homme ».

De 1874 à 1876, le pouf tend à disparaitre mais la tournure (structure cerclée) persiste. Elle prend l’aspect d’une « queue d’écrevisse » qui à l’instar de l’animal, se replie en accordéon lorsque la femme s’assoit. Pour l’avoir testé moi-même, c’est un système très pratique et très confortable !

Posée sur l’arrière du jupon et tendue par des cordons dissimulés au milieu, la fermeture permet de plus ou moins accentuer le volume en courbant les baleines. Les robes sont si lourdes qu’il faut alors placer deux baleines en X au sommet de cette structure.

La robe de ville imitant la robe du soir, se dote d’une traîne plus longue et soutenue par la queue d’écrevisse – portée quelque fois avec une couche supplémentaire de volants par-dessus- , elle s’attache à la taille et à la robe par un système de cordon et de boutons. La « balayeuse » sorte de volant sous la traîne apparaît afin de protéger sommairement celle-ci des salissures de la rue. Détachable, elle peut être lavée séparément.

Robes du soir: English woman domestic magazine 1871/ Robe de Worth 1872/ The round position, 1874/ Toilette de bal, 1875

Robes du soir: English woman domestic magazine 1871/ Robe de Worth 1872/ The round position, 1874/ Toilette de bal, 1875

Le devant de la jupe se dote de panneaux plissés ou transversaux garnis de volant plats ou formé en tablier. Le corsage ajusté, à manches trois-quarts ou longues, dégage plus ou moins les hanches. On recherche souvent dans les toilettes qu’elles soient du soir ou de jour une opposition de tons clairs et foncés voir quelque fois une opposition de tissu à motifs.

Les cheveux sont massés sur le sommet de la tête et quelques anglaises ou nattes relevées, garnissent l’arrière. On porte toujours de petits chapeaux sur l’avant et les visites sont toujours en faveur.

De 1877 à 1881, la silhouette devient filiforme. Je vais tenter une explication par rapport à mon port personnel de ce costume : le poids sur le hanches dans le creux du dos est difficile à porter pendant une  longue durée, sans doute les femmes l’ont abandonné en partie pour cette raison.

Toilettes de jour: La Mode Illustrée 1876/ Peterson's magazine 1878/ La Mode Illustrée 1879/ Robe de mariage par Worth, 1879

Toilettes de jour: La Mode Illustrée 1876/ Peterson’s magazine 1878/ La Mode Illustrée 1879/ Robe de mariage par Worth, 1879

Entre 1877 et 1879, certaines femmes abandonnent même complètement la tournure et soutiennent leur toilette par un jupon froncé. Le corset cuirasse sublime la taille et les hanches, désormais mises en valeur par la coupe « princesse » (Je vous renvoie à mon article sur l’histoire du corset ici : Histoire du Corset.  )

Les robes de jour et du soir concentrent la traine à l’arrière des genoux et continuent d’être le support de multiplies décorations.

La chevelure s’élève encore mais reste similaire aux années précédentes avec un chapeau haut qui, se dotant parfois d’un ruban passant sous le cou, évoque les chapeaux dit bergère du XVIIIème siècle.

Tenues du soir: La Mode Illustrée 1878/ La mode illustrée 1876/ María de las Mercedes de Orleans yet Bourbon, reine d'Espagne. 1879, par José Denis Belgrano/ Magazine français vers 1879.

Tenues du soir: La Mode Illustrée 1878/ La mode illustrée 1876/ María de las Mercedes de Orleans yet Bourbon, reine d’Espagne. 1879, par José Denis Belgrano/ Magazine français vers 1879.

 

Tenues de jour: Américaine 1879/ La mode Illustrée 1879/ Portrait de Miss Lloyd 1881 par James Tissot/ magazine américain, 1880/ La Mode Illustrée 1880

Tenues de jour: Américaine 1879/ La mode Illustrée 1879/ Portrait de Miss Lloyd 1881 par James Tissot/ magazine américain, 1880/ La Mode Illustrée 1880

A partir de 1879, la tournure reprend l’offensive. La taille se cambre, les corsages sont très ajustées et prennent la forme d’une jaquette pour le jour, à col officier et dotés de longues basques dans le dos. Les jupes de ville vont perdre leur traîne vers 1879, tandis que les robes du soir, s’étriquant de plus en plus jusqu’à rendre la marche difficile vont au contraire se doter d’une traîne toujours plus longue jusqu’à l’excès. Pour l’avoir testé également : il est presque impossible de se baisser afin de ramasser sa traîne puis danser: d’où la présence de valets de pieds qui d’un geste de la danseuse, se baissent pour lui tendre sa traîne. On peut voir cette scène dans le film « Anna Karenine » avec Sophie Marceau, 1997.

 

Toilettes du soir: La Mode Illustrée 1881/ La Mode Illustrée 1880/ Sortie de bal 1882/ Viktoria de Baden en 1880 à son mariage

Toilettes du soir: La Mode Illustrée 1881/ La Mode Illustrée 1880/ Sortie de bal 1882/ Viktoria de Baden en 1880 à son mariage

 

 

 

 

 

Notons que durant tout le règne des tournures et même après, il n’est pas rare dans la rue de voir une élégante se saisir de sa traîne et offrir volontairement au non au regard masculin : un bout de cheville, un bouillonnée faisant un bruit froufroutant de volants en dentelle. Très représentés sur les tableaux de Jean Béraud.

La parisienne un jour de pluie 1877/ Une soirée élégante 1878/ Inconnu

La parisienne un jour de pluie 1877/ Une soirée élégante 1878/ Inconnu

 

Cette robe qui était alors ma toute première création de cette époque,  fut je dois dire très difficile à réaliser techniquement. Je n’avais pas encore l’expérience et la pratique nécessaire pour travailler cette jupe. Le challenge était immense pour moi et me donnait envie d’autant plus de le réaliser !

Je me suis inspirée des très nombreuses gravures de modes qui prolifèrent dans les journaux féminins sur la période concernée. Une forme de corsage, une chute d rein garnie de fleur, une coiffure haute assortie…. J’ai dessinée une nouvelle robe qui alliait coupe parfaitement historique, décoration présente mais non autant chargée que les robes anciennes, robe pratique et esthétique pour mettre en valeur ma morphologie.

J’ai un tout petit peu triché avec la silhouette historique, dans le but de mettre mieux en valeurs le bouillonné de tissus : J’ai fabriqué une tournure dite «  queue d’écrevisse » très large – que l’on voit apparaître plus tardivement vers 1883-, alors que durant cette courte période, les femmes ne portaient aucun artifice sur les hanches, ou de profondeur minimale.

J’ai longtemps hésité sur la gamme de couleur à appliquer à cette robe, mais en voyant une gravure ayant des coloris similaires, je suis tombée amoureuse et ait suivis. De plus, j’ai eu l’occasion de porter cette robe pour aller voir un ballet à l’Opéra Garnier, je me suis fondue parfaitement dans les couleurs or et rouge de cet endroit mythique ! Le tissu principal étant un taffetas de soie.

Ma robe à tournure

Ma robe à tournure

Je porte donc sous cette robe : une chemise de corps, mon corset 1860, des pantalonettes authentiques d’époque, un jupon à traîne fixée sous la jupe principale, jupe garnie de deux tabliers frangés et appliqués de roses. La jupe est garnie d’un large plissé qui se répète sur le corsage en pinte et à basque, porteur des mêmes garnitures que la jupe. La queue d’écrevisse soutient l’ensemble.

 

Crédits photos : Philippine  Virol et sa famille.

Sources/ Pour en savoir plus :

>Bibliothèque du Musée Galliera, Paris.

> Galeries en ligne du Metropolitan Museum of New York.

>Wikimediacommuns

>Le Costume Français chez Flammarion, collection Tout l’Art.

>Histoire de la mode et du costume par James Laver

>V&A’s collections

> Gallica ( bnf en ligne)

>LACMA Museum

 

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