La Mode retrouvée, Les robes trésors de la comtesse Greffulhe – Musée Galliera

Le musée Galliera consacre une exposition très complète sur la garde robe de la célèbre comtesse Greffulhe du 7 novembre 2015 au 20 mars 2016. J’ai été conviée au vernissage de l’exposition le 6 novembre.

Affiche de l’exposition

Ayant peu eu l’occasion d’enquêter sur cette dame  célèbre, l’exposition a le mérite de la faire connaitre au grand-public. Nièce de Robert de Montesquiou, Élisabeth de Riquet
de Caraman-Chimay, Comtesse Greffulhe passée à la postérité sous la plume de Marcel Proust dans À la recherche du temps perdu, la comtesse prête ses traits à la duchesse de Guermantes : «Aucun élément n’entre en elle qu’on ait pu voir chez aucune autre ni même nulle part ailleurs, écrit-il à Montesquiou. Mais tout le mystère de sa beauté est dans l’éclat, dans l’énigme surtout de ses yeux. Je n’ai jamais vu une femme aussi belle. » Chose peu connue, la  comtesse vécut la fin du Second Empire, deux Républiques, deux guerres mondiales, connut la Belle Époque, les Années folles, et régna sur le gotha durant un demi-siècle. Décédée dans les années 1950, elle aura ainsi revêtu au moins huits styles vestimentaires différents.

La comtesse en 1900 par Nadar

La comtesse en 1900 par Nadar

En 1935 par François-Antoine Vizzavona

En 1935 par François-Antoine Vizzavona

Maywald, la comtesse Greffulhe 1952 chez Dior

Maywald, la comtesse Greffulhe 1952 chez Dior

Son mariage au richissime Comte Henry Greffulhe lui permettra d’accéder et de régner en véritable reine dans les hautes sphères de la société. Loin d’être une personne uniquement dévouée à sa parure, la comtesse aura soutenu durant sa vie de nombreuses fondations. Elle a remis Wagner à l’honneur,  soutenu les Ballets russes, promu les travaux d’Edouard Branly, trouvé le financement de l’Institut du radium. Elle avait le don mieux que quiquonque par son esprit et sa conversation à faire rencontrer les gens au bon moment. Par exemple, en créant la Société des grandes auditions musicales, elle a fait le lien entre les musiciens et les mondains, dont certains, disposant d’immenses fortunes, pouvaient financer les concerts et remplir les théâtres. Sa fille unique Elaine suivra son exemple en soutenant d’autres fondations.

La Comtesse et sa fille Elaine par Félix Nadar en 1886 et 1900

La Comtesse et sa fille Elaine par Félix Nadar en 1886 et 1900

Le Palais Galliera présente donc une cinquantaine de modèles griffés Worth, Fortuny, Babani, Lanvin… manteaux, tenues d’intérieur, robes de jour et du soir, accompagnés d’accessoires, de portraits, de photographies et de films…

 » Elle ne suivait pas la mode mais la devançait » disait un de ses contemporains. Il est vrai que les choix vestimentaires de cette grande dame ont toujours su se placer à la fois à la pointe de la mode de son époque tout en étant originaux, légèrement décalé, la rendant ainsi inégalable.

La comtesse en robe de bal et grand éventail à plumes d'autruche en septembre 1887. Prise dans les studios photogra^phiques de Nadar, il est amusant de déceller sur le coté droit l'assisatnt du photographe, aisni qu'un spot réfléchissant la lumière vu de dos, le bord du tapis et reste du décor devant ;)

La comtesse en robe de bal et grand éventail à plumes d’autruche en septembre 1887. Prise dans les studios de Nadar, il est amusant de déceler sur le coté droit l’assistant du photographe, ainsi qu’un spot réfléchissant la lumière vu de dos, le bord du tapis et reste du décor devant ;)

La comtesse Greffulhe met en scène ses apparitions, sait se faire rare, fugitive et incomparablement fascinante dans ses envolées de tulle, de gaze, de mousseline et de plumes, ses vestes kimono, ses manteaux de velours, ses motifs orientaux, ses tonalités d’or, d’argent, de rose et de vert… Elle choisit ses tenues pour souligner sa taille fine et mettre en valeur sa silhouette élancée.Le tableau en pastel dans son immense format verticale illustre bien ce propos.

Comtesse Greffulhe par Paul César Helleu, pastel de 1890

Comtesse Greffulhe par Paul César Helleu, pastel de 1890

L’exposition étant articulée de manière assez singulière, je ne vous ferais pas de présentation  » filée » comme j’ai l’habitude, mais plutôt de vous donner un aperçu de cette riche collection. Premier point positif: les robes sont présentées en dehors de toute vitrine pour la plupart. Très bon point qui permet d’apprécier la richesse des textiles et en ce qui me concerne le travail d’investigation sur la coupe et les systèmes de fermeture. C’est assez rare pour être noté car cela présente certains risques pour les pièces, notamment le risque d’être touchée par une main trop baladeuse ou un coup de sac à main comme j’ai pu le voir durant l’exposition  » Les années 1950  » dans ce même musée.

Robes et tuniques des années 1912 à 1930

Robes et tuniques des années 1912 à 1930

Les robes/ tuniques/ manteaux sont présentés dans des sortes de grands cadres emplissant l’espace et fermés au 3/4 ou sur des estrades accolées au mur. La première salle est consacrée à une sorte  » d’évocation » que la personnage de la Comtesse offrait au regards de son cercle : différents costumes de différentes époques allant de 1890 à 1920. La seconde salle annexe est consacrée aux accessoires : chapeaux, éventails, gants, chaussures: ma salle préférée par la richesse et la diversité des objets présentés ! J’étais amusée de voir ces fameux grands éventails en plumes d’autruche très en vogue dans les années 1880-90. J’en possède un moi même noir de la même époque.  La salle suivante présente des modèles allant des années 1930 en repassant par 1900 et 1880 avec pour fil conducteur il me semble le noir et le blanc. La salle d’après est consacrée aux photographies de la Comtesse. Au centre trône dans une sorte de cercueil ( un peu macabre…) la robe portée par Elisabeth pour une garden party dans les années 1890 dans les jardins de Trianon à Versailles. L’exposition se clôt sur la célèbre robe de bal  » aux Lys » avec une salle entièrement consacrée à cette robe mythique trônant au centre et environnée d’anecdotes et de photographies.

Robe d’intérieur ou tea-gown, vers 1897.Première pièce que l'on découvre en entrant et celle qui est à mon sens la mieux mise en valeur. Création de Jean-Philippe Worth, qui avait succédé à son père Charles Frederick, l’inventeur de la haute couture. Le fils affectionnait les tissus historicisants dont ce velours ciselé imitant les velours de Gênes de la Renaissance.

Robe d’intérieur ou tea-gown, vers 1897.Première pièce que l’on découvre en entrant et celle qui est à mon sens la mieux mise en valeur.
Création de Jean-Philippe Worth, qui avait succédé à son père Charles Frederick, l’inventeur de la haute couture. Le fils affectionnait les tissus historicisants dont ce velours ciselé imitant les velours de Gênes de la Renaissance.

Charles Frédéric Worth Cape, vers 1895. Cape du soir de la comtesse coupée dans un caftan de Boukhara offert par le tsar

Charles Frédéric Worth Cape, vers 1895. Cape du soir de la comtesse coupée dans un caftan de Boukhara offert par le tsar.

robe de jour Soinard, vers 1887

Robe de jour Soinard, vers 1887 La comtesse Greffulhe s’est montrée fidèle à certains couturiers. Cette élégante robe de jour, mêlant des couleurs éteintes qu’elle affectionnait – en particulier le vieux rose – témoigne de son goût pour la maison Soinard. Cet établissement, oublié de nos jours, avait été le fournisseur principal de son trousseau de mariage.

Robe Bysantine par Worth, Taffetas lamé, soie et filé or, tulle de soie, application de paillettes.Bords d'hermine

Robe Byzantine par Worth, Taffetas lamé, soie et filé or, tulle de soie, application de paillettes. Bords d’hermine.

Elisabeth par Nadar en Juillet 1883. Elisabeth porte la robe de son illustre aieul Madame Tallien

Portrait par Nadar en Juillet 1883. Elisabeth porte la robe de son illustre aïeul Madame Tallien qui a connu à son image une gloire dans les salons parisiens du début du XIXème siècle.

Otto La comtesse Greffulhe en robe de bal et manteau du soir en cygne, 1887

Otto La comtesse Greffulhe en robe de bal mettant en valeur son élégante taille et manteau du soir en cygne, 1887.

La comtesse portant la robe aux lys créée pour elle par la maison Worth. Sur ces deux photos, on peut voir que le col-berthe a été pensé pour être modulable. Photographie de Paul Nadar . 1896

La comtesse portant la robe aux lys créée pour elle par la maison Worth. Sur ces deux photos, on peut voir que le col-berthe a été pensé pour être modulable. Photographie de Paul Nadar . 1896.

Robe admirable qui m'a donné de nouvelles envies coutures ! Je ne peux m'empécher de penser à quel point le déplacement devait être mal aisé en portant cette robe d'apparat. L'exposition présente un film exeptionnel dans lequel on voit la comtesse se déplacer sur une terasse en longue robe du soir à traine.Fascinant et ptemière fois que je pouvais voir un document film d'époque montrant la manière de se déplacer avec une traîne.

Robe admirable qui m’a donné de nouvelles envies coutures ! Je ne peux m’empécher de penser à quel point le déplacement devait être mal aisé en portant cette robe d’apparat. L’exposition présente un film exeptionnel dans lequel on voit la comtesse se déplacer sur une terasse en longue robe du soir à traine.Fascinant et ptemière fois que je pouvais voir un document film d’époque montrant la manière de se déplacer avec une traîne.

Je vais donner maintenant mon avis strictement personnel .C’est une des premières expositions où je n’ai absolument pas réussi à accrocher le fil conducteur… Assez rare pour être mentionné mais différents éléments ont joués en sa défaveur.

La garde robe de la Comtesse était exceptionnelle, chaque pièce est une véritable oeuvre d’art qui se regarde longuement. Elisabeth a su incarner et même sublimer la mode de son époque. Hors l’exposition à mon sens ne lui rends pas hommage notamment par le curieux parti pris de présenter les pièces dans un ordre plus ou moins non chronologique. Moi qui aime suivre les évolutions,voir clair dans la progression pour bien intégrer les pièces présentées,  là je suis ressortie certes éblouie de belles images mais totalement disséminées dans mon esprit… De même que pour les informations: la biographie de la dame aurait été bienvenue en début de parcours, des titres plus clairs auraient mérités d’apparaître franchement … Peut être est un parti pris ? En tout cas ce fait combiné au très mauvais emplacement des lumières et affichettes peu lisibles ont fait que je n’ai pas réussi à profiter de l’exposition complètement. Si je la comparais à celle sur Jeanne Lanvin ( cf mon compte rendu ici: Jeanne Lanvin au Palais Galliera ) , je trouve cette exposition vraiment déstructurée…

Worth. Robe de garden-party. Mousseline crêpée de soie rose. Taffetas de soie imprimé à motifs de fleurs d’’orchidées. Doublure en satin de soie ivoire et taffetas de soie ivoire. Portée le 30 mai 1894.

Worth. Robe de garden-party. Mousseline crêpée de soie rose. Taffetas de soie imprimé à motifs de fleurs d’’orchidées. Doublure en satin de soie ivoire et taffetas de soie ivoire. Portée le 30 mai 1894.

En conclusion: Je vous recommande néanmoins  chaudement cette exposition pour la beauté et le grand nombre de pièces présentées, malgré les écueils de présentation et la scénographie qui à mon sens dessert énormément cette collection . Vous pourrez quand même admirez et voir la Comtesse sous toutes ses formes, à travers robes, accessoires, photographies et profiter ( en ce qui me concerne) d’avoir vu cette fameuse robe aux Lys réellement devant vos yeux.

Éventail pliant, 1878. Offert à Élisabeth de Caraman-Chimay, lors de son mariage avec le vicomte Henry Greffulhe le 25 septembre 1878, par le comte et la comtesse de MontesquiouFezensac. Eventail en plumes d'autruche chinées, écaille brune, ornement argent ou vermeil dédoré, diamants, rubis et émeraudes

Éventail pliant, 1878. Offert à Élisabeth de Caraman-Chimay, lors de son mariage avec le vicomte Henry Greffulhe le 25 septembre 1878, par le comte et la comtesse de MontesquiouFezensac. Eventail en plumes d’autruche chinées, écaille brune, ornement argent ou vermeil dédoré, diamants, rubis et émeraudes

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Crédits photos: Réunion des Musées Nationaux de France, catalogue en ligne/Musée Galliera/  

Sources/ Pour en savoir plus:

>Site officiel du Musée Galliera

>La comtesse Greffulhe : L’ombre des Guermantes de Laure Hillerin chez Flammarion

>http://www.gogmsite.net/

>Excellente émission de radio sur la comtesse: Au cœur de l’Histoire sur Europe – http://www.europe1.fr/mediacenter/emissions/au-coeur-de-l-histoire/sons/l-integrale-la-comtesse-greffulhe-l-egerie-de-marcel-proust-2285081

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