Le Costume de Ballet : Evolution du XVIIème au XVIIIème siècle

Périodes fastes, le XVIIème et le XVIIème siècle voient se développer puis s’affirmer le ballet de cour et l’opéra ballet. Initiés sous la Renaissance, ces bals puis ballets lorsqu’ils quitteront l’estrade seront marqueurs de la richesse de leur commanditaires. Rien n’est laissé au hasard, tout doit être faste et magnificence. Cette richesse se concrétise tout particulièrement sur le costume qui nous le verront était plus souvent esthétique que pratique.

Nymphe d'Armide par Bérain, 1695/ " Le Roi Soleil " en Apollon par Henri de Gissey, 1661/ Armide par Bérain 1670.

Nymphe d’Armide par Bérain, 1695/  » Le Roi Soleil  » en Apollon par Henri de Gissey, 1661/ Armide par Bérain 1670.

 Le costume de Ballet au XVIIème siècle

Rôle : Le  Costume de ballet à cette époque est soumis à  la règle absolue de convenance, soumis aux personnages et a beaucoup de liberté de conception.  Il revêt au milieu du XVIIème siècle un  aspect très ludique : certes les canons esthétiques en vogue l’influence fortement, il  répond à la pudeur contemporaine et aux conventions d’une symbolique admise dans les arts plastiques qui perdurera. On doit pourvoir reconnaitre chaque personnage aisément grâce aux choix de la silhouette, des attributs, des accessoires …

Richesse financière : Réalisés pour le prince ou le riche commanditaire, l’habit de ballet ne souffre pas de restrictions financières conte tenus de sa valeur médiatique. L’enjeu économique et social est très important à l’heure ou le paraitre importe souvent plus que l’être. Le public projette ses désirs sur les comédiens : ils sont donc tenus professionnellement de posséder de somptueux  costumes. Pour plaire aux interprètes comme au public, les ordonnateurs de ballets dépensent donc sans compter, recourant si nécessaire à différents commanditaires si la cassette royale ne suffit pas

Avant 1643 pour les costumes : Masques et demi masques sont omni présents. On trouve beaucoup de travestis. Les danseurs de « grands ballets » sont discrètement masqués de noir.

Entre 1643 et 1652 on recherche le style ; 1652-1660 Préciosité et fantaisie ; 1660-1672 le triomphe du faste.

Maquette de costume pour un spectacle non identifié- Jean Bérain

Maquette de costume pour un spectacle non identifié- Jean Bérain

Costume de scène femmes : Les danseuses portent d’amples robes largement décolletées, longues pour préserver la pudeur et comportant éventuellement une traîne. La coupe rappelle également celle des robes féminines de cette époque. Parfois la jupe des danseuses professionnelles s’arrête à la cheville .Mais très souvent les rôles féminins sont tenus par des danseurs ou des musiciens travestis dont la jupe féminine s’arrête au mollet évoquant la longueur de la rhingrave en écho aux hommes. Les guimpes et manches longues viennent couvrir pudiquement le haut du corps, masque et perruques sont de rigueur.

Personnage de princesse par Bérain, années 1680

Personnage de princesse par Bérain, années 1680

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Armide par Bérain 1686.On distingue le corsage caractéristique du costume de la femme à cette époque / « Les Noces de Pelée et Thétis », 1654 par Henri de Gissey .Ici aussi la forme du corsage et des manches rondes sont caractéristiques du costume de la femme à cette époque. A noter que ce costume était destiné à être porté par un homme

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Hermione par Bérain, années 1680. / Costume de carrousel par Bérain, années 1670.

Costume de scène homme : Au sein du ballet le ballet, ces messieurs portent de courtes jupes flottantes qui évolueront plus tard au XVIIIème en raide tonnelets. Les costumes de scène reflètent le costume civil. Ainsi chez les hommes, on observe des hauts de costumes qui évoquent le court veston en vogue dans la première moitié du XVIIème siècle,  et plus tardivement le justaucorps. De même que le bas évoque la rhingrave  avec un évasement notable .L’influence du goût de l’Antique est très marquée et les silhouettes «  à la Romaine » sont omniprésentes.

Document exceptionnel : Maquette de costume annotée par Bérain vers 1675

Document exceptionnel : Maquette de costume annotée par Bérain lui même vers 1675.

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Personnage inconnu, probablement un héros par Bérain, années 1680. / « Ballet de la nuit « 1653, personnage de démon par Gissey. / « Les Noces de Pelée et Thétis », 1654 par Henri de Gissey .On distingue clairement la forme de la veste et rhingraves présents ici et caractéristiques du costume de l’homme à cette époque.

Les costumes sont donc très riches pour les hommes et les femmes,  toujours raffinés et sont exécutés en toile d’or, d’argent, satin velours ciselés, mousseline dentelles. Ils sont chargés de broderies, d’ornements découpés en guirlandes de pierres aux vives couleurs, perles ou diamants l’alourdissant toujours et gênant la plupart du temps le comédien.

Différents artisans travaillent autour du tailleur, le célèbre tailleur d’habit des Menus-Plaisirs du roi Baraillon en assure en 1670 la réalisation complexe en se référant aux maquettes dessinées de manière très détaillées et fait appels aux différents artisans : passementiers et joailliers. A elle seule,  la coiffure empanachée rehaussé d’aigrettes, fleurs, feuillages, fruits, branche de corail,  pierreries… constitue une œuvre d’art. Elle est complétée par perruque postiche et masque.

Créature de la mer et habit d’architecte par Bérain , 1680 environ

Créature de la mer et habit d’architecte par Bérain , 1680 environ.

masque

Daniel_Rabel_-_le ballet royal de _Dowager de Bilbao’s1626. L’usage du masque omni présent.

Usage du masque : Dans la plupart des rôles le masque est de rigueur : Il facilite la caractérisation des personnages : basanés pour les indiens, hagards et violents pour les furies et démons, grotesques et agressifs pour les voleurs, tendre pour les nymphes… Le masque permet donc aux danseurs de pouvoir tenir plusieurs rôles. Il crée une distance entre l’individu du monde quotidien et sa sacralisation, son éloignement sur scène. Son rôle est donc très important, parfois même indispensable.

Vient avec les masques une multitude d’accessoires stéréotypés nécessitant les savoir-faire des accessoiristes : foudre, corne d’abondances, ailes, serpents, caducées, arcs, boucliers…

Codification des personnages : Dans le domaine du costume de ballet, il existe une typologie caractéristique et propre au genre qui doit être respectée. Le ballet est un univers à part entière qui empruntent quelques traits de mode contemporaine et peut aussi influencer celle-ci

Le ballet est une « comédie muette » le costume et ses accessoires doivent aider les danseurs à pouvoir faire identifier son personnage dès son entrée en scène. L’identification est d’autant plus facile car les ballets font souvent référence aux mêmes personnages ce qui permet de réutiliser les costumes très onéreux à d’autres occasions.

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La Mer par Bérain, années 1680. La silhouette rappelle celle que l’on trouve dans le costume civil : le justaucorps des hommes s’évasant dans le bas. Le personnage porte la barbe, c’est un sage, une source de vie. Les éléments liés à l’eau recouvrent son costume.

Proserpine, couverte de formes évoquant les algues. Gissey, 1661.

Proserpine, couverte de formes évoquant les algues. Gissey, 1661.

 LE COSTUME DE BALLET AU XVIIIÈME SIÈCLe

Standardisation du costume et du ballet: Vers 1721, on aboutit à une standardisation du costume masculin et un peu féminin. Les formes générales se stabilisent et seules les décorations, passementeries et masques diffèrent les personnages. Le port du masque est encore courant et permet de caractériser les émotions et d’identifier tel ou tel personnage comme sous le règne précédent.

Le ballet finit par acquérir comme seul objectif la pure virtuosité : peu ou pas de messages politiques sous-jacents, on cherche le plaisir esthétique avant tout.

Costume de scène hommes : le pourpoint est garni de décorations s’épanouissant sur le tonnelet (transformation de la tunique romaine de l’époque précédente, la jupette est gonflée à l’aide de grands morceaux de crins la rendant de plus en plus rigide).Ce tonnelet semble être un parallèle plus court à la robe féminine dans le volume recherché (élargissement sur les côtés).

Chasseur Mr Lionois : maquette de costume par Louis-René Boquet. XVIIIème s

Louis-René Boquet, années 1760 et 1770. La tunique à la romaine est fortement imprégnée de l'esprit du XVIIIème siècle: étoffes colorées et flottantes, teint pâle à l'égal des femmes. Le tonnelet est plus ou moins développé et plus ou moins chargé de passementeries.

Louis-René Boquet, années 1760 et 1770. La tunique à la romaine est fortement imprégnée de l’esprit du XVIIIème siècle: étoffes colorées et flottantes, teint pâle à l’égal des femmes. Le tonnelet est plus ou moins développé et plus ou moins chargé de passementeries.

Le tonnelet atteint parfois des proportions importantes. Louis René Boquet.

Le tonnelet atteint parfois des proportions importantes. Romain vers 1760, costume pour Mr Delaval Louis René Boquet.

Costume de scène femmes : Entre 1730 et 1740, les femmes portent le panier en jonc et sur la robe on retrouve dans les décorations les symboles et indices qui permettent d’identifier tel ou tel personnage.

Les décorations sont chargées et voyantes, costume de cour et costume de scène ont en commun les surcharges de gaze, de broderies, d’aigrettes. L’idée de « paraitre « dans son costume provoque parfois des interprétations complétement inaptes à la danse par leur poids et leur amplitude. Les  jupes sont légèrement plus courtes, par rapport à celles portées par les dames de l’époque à la cour, pour laisser voir le jeu des pieds. De fait, les hommes sont admirés pour leur virtuosité plus que les femmes par leur costume permettant de mieux distinguer entrechats, sauts et jetés de jambes.

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Cette naïade reflète la silhouette de l’époque avec ses paniers et sa découpe de corsage. Elle arbore en plus les éléments liées à la mer et aux poissons: couleurs verte, écailles, algues entremêlées …Toutes sont maquillées avec un teint très pâle, conforme à l’esthétique du XVIIIème siècle.

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Mlle Beauprée aborde la coiffure caractéristique de la période. Minerve elle possède ses attributs hérités de l’Antiquité : casque, bouclier , épée.. Elle porte la toge mais drapée sur des paniers en totale contraste avec l »a simplicité grecque » du début de notre ère. Boquet 1775 et 1754

Maquette annotée par Boquet. Personnage de bohémienne vers 1760

A noter que le costume masculin peut parfois s’accorder au plus près du costume féminin par l’emploie des même garnitures, leurs dispositions similaires… à l’image de pas exécutés en couple à la mode.

Certains danseurs et danseuses vont tenter de sortir du lot en prônant une simplification du costume : Mlle Clairon et La Camargo qui vont alléger leur costume et oser de nouveaux pas.

Costume pour Furie et Démon. Les costumes sont similaires dans leurs ornements et leurs couleurs. Tous deux portent les attributs qui permettent de bien les reconnaitre : habits déchirés, visage défiguré, serpents et dagues aux mains…Boquet vers 1760

Costume pour Furie et Démon. Les costumes sont similaires dans leurs ornements et leurs couleurs. Tous deux portent les attributs qui permettent de bien les identifier : habits déchirés, visage défiguré, serpents et dagues aux mains etc… Boquet vers 1760.

 » Bergere, Et berger noble  » par Boquet. Date inconnue

Sauvage et sauvageonne par Boquet vers 1754

Pour conclure: Le costume continuera d’évoluer vers une simplification accentuée qui attendra son paroxysme à l’aube de la Révolution française où le gout de l’Antique sera remis à l’honneur.

Je vous invite pour poursuivre à consulter les données très fournies de Gallica qui recense plusieurs centaines de maquettes de costume des deux illustrateurs les plus connus et dont les œuvres nous sont parvenues aujourd’hui:  Jean Bérain ( XVIIème siècle) et Louis-René Boquet ( XVIIIème siècle ) .

Bérain: http://gallica.bnf.fr/Search?ArianeWireIndex=index&q=b%C3%A9rain+jean&lang=FR&n=15&p=1&f_typedoc=images

Boquet: http://gallica.bnf.fr/Search?ArianeWireIndex=index&lang=FR&q=louis-+Ren%C3%A9+boquet&x=0&y=0&p=1&f_typedoc=images

Une exposition s’est également tenue au château de Chantilly N’hésitez pas si vous avez manqué la visite à consulter le catalogue, aussi densément fourni en illustrations et maquettes .

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Crédits Photos : Gallica, BNF en ligne/ Château de Chantilly.

Sources/ Pour en savoir plus :

> Le Costume baroque à l’époque de Louis XIV (Françoise Christout)

> Histoire du costume par François Boucher

> Fonds de Gallica, bibliothèque national de France en ligne : Gallica.fr.

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