Fashion Forward, trois siècles de mode au Musée des Arts Décoratifs

Un petit peu en retard par rapport à l’ouverture, j’ai enfin pu visiter cette très belle exposition qui a beaucoup été mise en avant par le biais des médias et des publicités papiers. Tout juste rentrée de l’exposition, je vous livre une présentation , mon petit guide de visite personnalisé et mon avis sur cette belle découverte de l’histoire de la mode.

Le musée des Arts Décoratifs de Paris, rue de Rivoli, fête cette année les 30 ans de sa collection mode. L’occasion de présenter une exposition inédite, du 7 avril au 14 août, Fashion forward, un voyage chronologique d’une sélection des plus belles pièces émergeant des réserves.

L’objectif principale de cette exposition est de présenter un aperçu ( très restreint hélas !) de la très grande collection du Musée des Arts Décoratifs de Paris et plus particulièrement la collection de l’ Union française des Arts du Costume (UFAC) dont le Musée des Arts Décoratifs a la charge. Cette institution crée en 1948 par par François Boucher Fondée et animée par les professionnels du textiles et de l’habillement s’est donné vocation à conserver tous les témoignages textiles qu’ils soient costumes, accessoires ou pièces textiles. Ses collections sont conservées au Musée des arts de la mode depuis 1986 et vont s’agrandir d’années en années pour atteindre les quelques 150 000 pièces conservées en 2016.

Voilà pour la présentation qui cette fois ci est assez brève car le contenu pédagogique de l’exposition est un peu pauvre à mon goût . J’avais cet étrange sentiment d’une exposition  » grand public » destinée à amener un maximum de personnes. Je me suis ainsi trouvée au milieu d’une foule lors de ma visite notamment des groupes d’enfants très bruyants et prenant place longtemps pour dessiner. Aucun problèmes là dessus je trouve l’initiative intéressante mais elle gène les autres visiteurs. Je n’ai pas pu profiter au mieux des pièces et j’ai été obligée de faire sans cesse des allers retours  » spatio-temporels » au sens propre du mot pour revenir sur les costumes dégagés de la foule.

L’exposition s’articule autour d’un thème t chronologique. Il est agréable de pouvoir observer les pièces textiles habituellement présentées dans les salles de mode très sombre  de l’autre coté du musée.Cette fois ci, la nef centrale et le premier étage leur sont entièrement dédiés.

Grande nef du Musée par moded’emploi Paris

Nous commençons le voyage temporel par des pièces du XVIIIème siècle, s’en suivent un parcours classant les costumes par période de 10 à 30 ans d’écart à chaque nouvelle salle pour s’achever sur des pièces tout à fait contemporaines. Les deux premières salles sont consacrées  au XVIIIème siècle et présentent des ensembles masculins, féminins et d’enfants. J’ai beaucoup apprécié la Robe à la française datée de 1760 en taffetas de soie chiné à la branche. Le fait de pouvoir la voir en personne m’a emballée car j’ai pu remarquer de petits détails sur cette robe bien connus des amateurs de l’histoire du costume.

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Robe volante vers 1725/ Bayan veste et gilet vers 1720-1730

Robe volante vers 1725/ Bayan veste et gilet vers 1720-1730

Justaucorps pour enfant 1715-1720/ Justaucorps et veste vers 1725

Justaucorps pour enfant 1715-1720/ Justaucorps et veste vers 1725

C’est LE point fort à mon sens de cette exposition: de nombreux costumes iconiques de la collection du Musées ont été sortis et réunis pour la première fois. C’est un délice de pouvoir en apprécier les textures de mes propres yeux. Je regrette les explications un peu sommaires et parfois clichées pour expliquer les pièces. Néanmoins, je salue l’initiative des pancartes éclairées parfaitement lisibles. Les pancartes rouges stylisées du Palais Galliera pour l’exposition de la comtesse Greffulhel m’ont laissé un goût amer ! ( Mon article compte rendu de l’exposition ici: https://defilendentelle.wordpress.com/tag/greffulhe/ )

 

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Poursuivons la visite avec la salle suivante qui met en parallèle les gilets masculins et quelques caracos et petites vestes féminines de la fin du XVIIIème siècle. Très bonne idée de les présenter de cette façon. Une petite vitrine dans notre dos propose des éventails d’une grande beauté. Mention spéciale pour l’éventail à branches gravée qui m’a époustouflé par la finesse du travail ! La salle d’après présente des tenues de fin du XVIIIème siècle tout aussi admirables !

Troisième salle XVIIIème

Troisième salle XVIIIème

Eventail gravé vers 1760

Eventail gravé vers 1760

Nous passons dans la salle suivante à l’époque directoire. Il manquait à mon sens les robes napoléoniennes portées à la cour de l’empereur pour bien représenter cette période de l’histoire du costume. Cependant,  les modèles présentés valent cette salle haut la main. Pour les femmes, ces fameuses grandes robes évanescentes des Merveilleuses ( notamment cette robe de mariée à très large traîne ), un spencer, deux tenues brodées superbes, d’adorables tenues de fillette et un ensemble pour garçonnet. Je salue la scénographie qui accompagne les costumes, les entourant de mobilier de l’époque présentée,  ainsi  qu’avec un papier peint évoquant « l’ambiance graphique »  qui plonge le visiteur immédiatement dans l’époque lorsqu’il pénètre la salle. Très très bonne idée compte tenu du très large spectre chronologique offert à nos yeux, il est heureux d’avoir ce petit coup de pouce visuel qui nous aide à ancrer rapidement les costumes dans leur époque. Un sol en miroir nous permet aussi de voir  » sous les jupes des filles » ! Enfin dans notre dos, une vitrine présentes bourses et chaussures d’une délicatesse extrême ! Pour moi, il s’agit de la salle la mieux présentée de l’exposition.

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Robe de mariée vers 1805 en mousseline de coton brodée

Robe de mariée vers 1805 en mousseline de coton brodée

Chaussures vers 1810-1815

Chaussures vers 1810-1815

La salle d’après présente une robe de cour à traîne féminine de 1815-1820 et un habit paré masculin de cour également. Très belles pièces mais là le décor manquait un peu comparé aux salles précédentes.

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Nouvelle époque, nouvelle salle ou plutôt passage vers l’autre partie de la Nef. Et là c’est le drame.. Les robes de jour, tenue du matin pour hommes et robes de petites filles des années 1820-1830 sont présentées sous des arches à travers une sorte d’organza presque opaque . Mais pourquoi donc bon sang ??? . Impossible d’apprécier les détails voir de se faire une idée du tissu….Vraiment vraiment dommage, je ne garde presque aucun souvenir de cette salle…

Robes 1820-1830 de femmes et fillettes que j'aurais aimé distinguer mieux...

Robes 1820-1830 de femmes et fillettes que j’aurais aimé distinguer mieux…

Nous passons à l’époque du Second Empire et Troisième république réunis en une seule salle. De très jolies pièces présentes notamment une robe d’après midi 1867, un mannequin présentant les dessous 1860 avec corset chemise bas, bottines et crinoline. Superbe robe rose de bal 1867 et coup de coeur de l’exposition ! Une petite vitrine nous présente quelques sacs et des modèles de poupées en papier avec leur emballage d’origine, adorable !

Dessous époque 1860 et Robe à transformation de jour 1868-70

Dessous époque 1860 et Robe à transformation de jour 1868-70

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Robes de jour époque 1870-1875 et ensemble pour jeune garçon même époque

La salle suivante nous présente de superbes tenues de jour époque 1900-1910. Pour ma part j’ai découvert que les petites abeilles de la robe à transformation de Jacques Doucet brillaient ! Ce sont ces petits détails qui donnent envie de se rendre aux expositions.

Robe aux abeilles au centre ! A gauche robe Fortuny vers 1910

Robe aux abeilles au centre ! A gauche robe Fortuny vers 1910

Adorables robes pour fillettes vers 1910

Adorables robes pour fillettes vers 1910

La salle suivante présente quelques modèles des années 1870-1880 dont la moitié  sont du grand couturier Worth . J’ai apprécié pouvoir voir en personne la fameuse jaquette brodée portée par Cléo de Mérode, célèbre et riche courtisane de la Belle Epoque.

Jaquette attribuée à Jacques Doucet pour Cléo de Mérode vers 1900 Photo: moded’emploi Paris

Nouvelle époque , les années 1910-1915 avec le couturier Paul Poiret qui remit au gout du jour la ligne empire 1810 des robes féminines. Nouvelles robes iconiques présentées avec les gravures de mode d’époque les représentant. Hélas nouveau drame pour la présentation…… Quoique le système soit une très bonne idée, il m’a été insupportable en tant que costumière d’être obligée d’attendre que la lumière change pour observer les robes. En effet, les trois robes présentées étaient dissimulées derrières des gravures grandeur natures imprimées sur ce voile d’organza ( le même que celui des robes 1820-1830) . Il fallait donc patienter les changement de lumière pour tenter de déceler à travers ce tissu quasiment opaque les robes . Insupportable , j’ai quitté la salle au bout de 3 minutes avec la sensation encore de n’avoir rien vu…Quel dommage !!!

Série « Les robes de Paul Poiret » ; Dessins de Paul Iribe Photo: froggydelight

Encore un pas en avant et un petit escalier miniatures nous présente des poupées de mode datant des années 1910-1918. C’est absolument magnifique de pouvoir observer ces modèles miniatures d’une fabrication délicate et très fidèles aux tenues du temps ! Prenez le temps de bien regarder cette vitrine pour voir toutes les poupées s’y trouvant, un régal !

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Poupées de mode par les soeurs Lafitte-Désirat

Nouvelle salle, nous approchons l’ère moderne. Tous les grands couturiers couturières, créateurs de modes sont présents par un modèle: Lanvin, Chanel, Schiaparelli etc…. qui ont fait la gloire de la mode française des années 1920 à 1930 .Quelques pièces (encore comme à chaque salle) iconiques sont visibles,  telle cette robe du soir Petits chevaux de Madeleine Vionnet 1922, perlée et magnifique à voir en personne !. L’agencement de la pièce assez sombre fait de poutres de bois, miroirs et murs noirs m’ont évoqués de plus ou moins loin la scénographie de l’exposition Jeanne Lanvin que j’avais salué pour sa créativité !

Au centre, la robe Petits Chevaux de Madeleine Vionnet

Au centre, la robe Petits Chevaux de Madeleine Vionnet

Dernière salle pour clore le spectacle: costumes et vêtements ( où se trouvent la limite ? ;) ) de l’époque « moderne ». Présentées dans la grande nef des arts décoratifs sur un immense escalier tournant, des pièces connues et moins connues des années 1950 à 2016. Beaucoup de modèles présentés à une certaine hauteur du spectateurs et un certain éloignement donc pas facile à admirer plus en détail amis l’effet général est très réussi ! Je me suis délectée à trouver les pièces iconiques : le tailleur de chez Dior, la robe Butterfly de Charles James , les volumes étranges de Comme des Garçons etc…. Je me suis tout de même posé la question de la conservation. En effet, les textiles ancien doivent être préservés de la lumière du jour au maximum en fonction de leur ancienneté . Hors la nef ouverte à tous les vents apporte son lot de poussière, j’imagine le travail titanesque à fournir une fois que l’exposition sera démontée !

Au centre sous l'arcade: l'iconique tailleur et jupe plissé de chez Dior qui servira de modèle à cette nouvelle mode parisienne d'après guerre

Au centre sous l’arcade: l’iconique tailleur et jupe plissé de chez Dior qui servira de modèle à cette nouvelle mode parisienne d’après guerre en 1950.

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Charles James vers 1953

Charles James vers 1953

L’agencement général de l’exposition est une très bonnes idée: le parcours est très clair et très bien agencé ce qui permet de mettre relativement à l’abri les costumes du public tout en les présentant pour la première fois sans vitres. J’ai beaucoup apprécié le fait de pouvoir observer les costumes, apprécier la coupe, le reflet de la lumière sur les paillettes d’un gilet 1785 et s’attarder encore plus sur la finesse des textiles anciens qui ne cessera de m’émerveiller. Le gros hic sont la présence des alarmes protégeant les pièces textiles beaucoup beaucoup trop proches des visiteurs et se déclenchant tout le temps. Je suis ravie de voir que ces costumes sont bien protégés ( contrairement à l’exposition Les Années 50 au Palais Galliera où j’ai été témoin d’une scène peu ordinaire, à savoir le sac à main d’une femme qui a touché une pièce exposée), mais il aurait été heureux de régler un peu mieux la distance de sécurité pour pouvoir apprécier un minimum la vue. En tant que costumière qui aime à voir les petits détails sur lesquelles une personne lambda ne va pas forcément s’arrêter, j’ai été un peu frustrée. Toutefois, point très positif, les photos sont autorisées partout sans flash. Fait suffisamment rare pour être mentionné. J’ai tout de même craqué pour le catalogue de l’exposition présentant tous les modèles avec un peu d’explication. Très didactique il se consulte facilement.

Catalogue de l’exposition. Prix: 55 euros

Pour conclure :

Cette exposition bien que trop brève par le manque de place pour exposer la collection immense du Musées des Arts Décoratifs en matière de costume a néanmoins réussi son pari en offrant au spectateur la possibilité d’admirer sans vitrine des pièces iconiques et d’autres moins connues toutes aussi magnifiques ! L’agencement en parallèle de papiers peint et d’objets permettant d’ancrer les costumes dans leur époque est une très bonne initiatives à renouveler  !

Cependant, je suis profondément déçue de ces espèces de tissus d’organza opaques présents dans les salles 1820 et 1910… L’effet est peut être intéressant pour le spectateur, mais pour l’historien ou le spécialiste qui veut observer plus en détail le vêtement,  impossible de le voir….Dommage également du déséquilibre entre pièces féminines et masculines mais qui peut s’expliquer aussi par le manque de place. Des choix cruciaux ont sûrement été difficiles à prendre pour les commissaires.

Je vous conseille  la visite de cette très belle exposition qui brosse un portrait très didactique et accessible à tous de trois siècles de mode en France. Je vous incite à aller aux heures d’ouvertures les plus creuses si possible afin d’éviter les gros groupes et l’amassement des visiteurs dans les salles.

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-Crédits Photos: Marie-Laure Colomban/ moded’emploi Paris/ Musée des Arts décoratifs de Paris/ froggydelight

– Sources/ Pour en savoir plus :

>Fashion Forward, trois siècle de mode, catalogue de l’exposition

 

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