Costume de travestissement indien et grecque

Le dernier bal de l’association de danse Carnet de Bals  (dans laquelle je prends toujours un immense plaisir à danser ! ) nous a offert un voyage vers les pays du soleil levant. Qui dit soleil levant dit aussi Inde et ses couleurs chatoyantes. J’ai toujours été fasciné par la beauté des indiennes ! L’occasion aussi de faire appel à la création pure dans le goût de ce qui pouvait se faire à l’époque du Second Empire et comment les participants à ces bals de « travestissements  » interprétaient les vêtements des contrées lointaines.

Le dieu et la bayadère, opéra de Scribe et Auber costume de Mlle Taglioni rôle de Zoloé 1830

Le dieu et la bayadère, opéra de Scribe et Auber costume de Mlle Taglioni rôle de Zoloé 1830

Exceptionnellement, étant donné la longueur conséquente de la partie recherches historiques traitant  du costume de travestissent et son histoire ( ce sujet me passionne infiniment !!) , je vais vous parler de ma création personnelle.

J’ai pris beaucoup de plaisir à effectuer mes recherches non seulement dans le domaine du travestissement historique  mais aussi dans le costume traditionnel indien. Je suis très heureuse d’avoir eu l’occasion de créer et porter une vrai création ! Le résultat est donc un hybride entre un costume inspiré de réels travestissements de l’époque avec une influence de costume de ballet, le costume traditionnel indien et parce que c’est la fête: une pincée de cinéma bollywoodien !!

Magasin des demoiselles: costumes de travestissements: Médiéval, Indien et Suisse

Magasin des demoiselles: costumes de travestissements: Médiéval, Indien et Suisse

Vous reprendriez bien un peu de Bollywood ? Madhuri Dixit dans Devdas, une des plus célèbre film bollywoodien.

Un festival de couleurs ! De nos jours, les fameux saris traditionnel sont portés lors de fête. Des tenues plus commodes sont utilisées pour la vie de tous les jours. Crédit photo: comptoir-inde-srilanka.com

Danseuse traditionnelle indienne

Danseuse traditionnelle indienne

Ratan Rajput en mariée indienne

Ratan Rajput en mariée indienne

Je suis donc partie sur une base de costume avec des formes 1850-1860: Le corsage possède les découpe classiques du corsage de bal de cette époque. Au lieu d’une grande crinoline qui aurait été incommode, j’ai opté pour un jupon de tulle qui évoquent aussi l’univers de la danse (costume pour un bal oblige). Il s’est révélé très pratique et confortable ! J’ai ensuite ajouté ce caractère indien à ma tenue par l’emploi d’un sari drapé sur les hanches en une sur-jupe. La sous jupe quand à elle est issue d’une lengha, tenue traditionnelle pour les fêtes indiennes et richement brodées. J’ai pioché divers inspirations pour composer ma tenue. A la fois éléments historiques et éléments traditionnels que j’ai remixé dans le but d’obtenir un résultat beau visuellement et évoquant cette mode du travestissement au XIXème siècle. Pour la gamme de couleur, j’ai opté pour une variation rouge-or. Elle est traditionnellement utilisée par les mariés indiennes car le rouge est la couleur de la joie et de la fête. Le rouge restera ma couleur favorite: vibrante passionnée, elle est à mon image !

Qui dit indienne dit profusion de bijoux et accessoires ! Je me suis régalée en utilisant une parure boucle d’oreille, collier et bijoux de front, agrémenté de chaines bijoux à chignons et d’une couronne de fleurs naturelles de jasmins qui ont dégagées leur parfum jusqu’au bout de la nuit !

Crédit photo : Mathilde Bartholin et Thierry Liard

Crédit photo : Mathilde Bartholin et Thierry Liard

Crédit photo: Thierry Liard

Crédit photo: Thierry Liard

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Crédit photo: Thierry Liard

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Crédit photo: Thierry Liard

En ce qui concerne le deuxième costume d’inspiration grecque. Celui çi a été porté à l’occasion d’un nouvel an dansant sur le même thème. Je suis plutôt partie vers une inspiration 1910 en créant une longue tunique en gaze écrue bordée de galons dorées. Une ceinture rigide maintient la tunique sur le corset porté en dessous. Une autre ceinture dorée à motifs grecques vient terminer la tunique. J’ai également ajouté une petite cape maintenu par des broches étoilées et peinte à la main toujours dans ce thème grec avec ces motifs géométriques. Bijoux, coiffures et accessoires tendent vers les années 1910 pour marquer l’ancrage historique de ce costume.

Ici se mêle tout comme le travestissement indien se mêlent des références à la période grecque, passées au filtre de la mode 1910, elle même passée au filtre du goût du travestissement de cette époque.

Quelques inspirations:

Exemple d’inspirations: 1906, la reine Florence, Mildred et Evelyn vers 1906/ Robe du soir vers 1898, FIDM Museum

Costume de travestissement. Photos: ElvenMaid et Clémence Troesch-Varlet

Mon interprétation pour un costume de travestissement.
Photos: ElvenMaid et Clémence Troesch-Varlet

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 Histoire du TRAVESTISSEMENT

Commençons cette formidable aventure du travestissement par un petit point de vocabulaire pour préciser le propos :Se déguiser selon le Larousse c’est « Habiller quelqu’un de façon à le rendre méconnaissable et à le faire ressembler à quelqu’un d’autre « . Se travestir toujours selon le Larousse c’est « Déguiser quelqu’un en lui faisant prendre les vêtements d’un autre sexe, d’une autre condition ». On voit que les deux termes sont assez proches. Jusqu’à une période assez récente, on parle plus de travestissement mais je ne pense pas qu’il y ait une fondamentale différence. Donnez moi votre avis dans les commentaires !

Pourquoi se travestit t’on ?  Les costumes de carnaval et de travestissement semblent liés intiment aux costumes historiques et à l’histoire du costume même. La mode est sans cesse revisitée réutilisée, copiée ou réinventée dans tous les domaines textiles. Fabriquer un costume et le porter tel que je fais à titre personnel,  rappelle immanquablement le gout que j’ai eu enfant pour le déguisement.  Pouvoir passer quelques heures dans un cadre qui sort de l’ordinaire ravit aussi beaucoup d’autres personnes ! Nos ancêtres n’étaient pas différents et apprécient le déguisement à toutes les niveaux de la société : Parents enfants, bourgeois ou nobles se travestissent pour expérimenter un voyage hors du temps et de l’espace.

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La mode illustrée- Planche de travestissement pour dame et enfants vers 1880

Plusieurs occasions permettent de revêtir un costume  : la période du carnaval, de la mi carême, les grands bals de société tel que les bals travestis ou le bal de l’opéra du XVIIIème au XIXème siècle,  les réunions de famille plus intimes etc…. Ces occasions permettent de sortir du cadre et se permettre aussi quelques extravagances quelles soient vestimentaires ou par des actions ! (En témoigne l’épisode de la dague racontée par la princesse Pauline de Metternich dans ses mémoires)

La fête travestie et plus particulièrement ses bals sont des endroits privilégiés pour nouer des relations entre bonnes familles dans la haute société et la plus modeste autant que de se divertir. Ces occasions se présentent lors de grandes réceptions ou de grands événements qui réunissent une partie de la noblesse dans des espaces confinés ou tout à chacun ne peux évidemment pas rentrer en dépit du caractère « libre  » du port d’un costume.  On voit donc que cette tradition est profondément ancrée dans nos mœurs depuis longtemps.

Tyntesfield c.1900. A fancy dress party in the conservatory

Tyntesfield vers 1900. Une réunion costumée au conservatoire

Moyen–Age et Renaissance : le Travestissement comme outil de pouvoir et de magnificence

Dans le milieu aristocratique Nous avons peu de sources permettant de savoir si en dehors du carnaval les hautes classes sociales se travestissaient. Il est probable que ce soit le cas pour des occasions spéciale. Ainsi le fameux  » Bal des Ardents « , organisé pour le mariage d’une demoiselle d’honneur de la reine Isabeau, le 28 janvier 1393, est resté tristement célèbre. Louis d’Orléans, frère du roi Charles VI, et des courtisans décident de se déguiser « sauvages  » pour effectuer un charivari. Revêtus de peaux de bêtes, de plumes et de poils d’étoupe fixées par de la poix et de la cire. En s’approchant trop près d’une torche, les costumes s’embrasent d’un seul coup et le roi est sauvé de justesse par une noble dame s’étant jetée sur lui pour étouffer les flammes avec la lourde traîne de sa robe. Ce déguisement du « sauvage », se retrouve aussi dans les milieux populaires lors du carnaval et serait un reliquat de cultes païens autour de la fertilité.

Représentation du « Bal des ardents ». Miniature attribuée à Philippe de Mazerolles, tirée d’un manuscrit des Chroniques de Froissart. British Library,

Dans le milieu populaire L’origine du bal costumé comme divertissement remonte aux périodes de carnaval et mi carême. Le calendrier religieux au Moyen Age est stricte et offre peu de moments d’amusements, ceux ci restant étroitement liés à la religion. La seule occasion en plus du carnaval et avant la période maigre du Carême pour revêtir un costume sera lors des « Mystères » . Les participants y jouent un rôle biblique pour représenter une scène extraite d’un texte sacré( Nativité par exemple). Ces grandes festivités permettent aux gens de se rassembler et d’échanger avant les fêtes de Pâques. On trouvera une réminiscence de ces pratiques plus tard au XIXème siècle mais bien plus païenne par la recréation de « tableaux vivants » inspirés de faits historiques ou fantastiques ( Mythologies, alléories etc…)

Les spectateurs dans les échafauds assistent à un mystère consacré au martyre de sainte Apolline. Heures d’Étienne Chevalier enluminées par Jean Fouquet, musée Condé, Chantilly, xve siècle

A l’image des fêtes Antiques ou pour célébrer les dieux, maîtres et esclaves inversaient les rôles le temps d’une journée, les hommes et femmes du Moyen Age renversent les codes de la société : Les enfants deviennent adultes, les femmes des hommes, les garçons en filles, les seigneurs en paysans etc.. Et comme l’habit fait le moine, le costume ( ou vêtement) devient un élément indispensable pour la réussite de ces fêtes. Chacun cherche à impressionner son voisin soit par sa démarche, soit par son vêtement. Ces fêtes donnent assez naturellement lieu à des désordres et débordements comme en témoignent les oeuvres de Brueghel.

Le Combat de Carnaval et Carême, par Pieter Brueghel l’Ancien, 1559 Kunsthistorisches Museum, Vienne

Fous de carnaval, par Hendrik Hondius, d’après Pieter Brueghel, 1642.Cabinet des Estampes, BnF, Paris

Inspiration des costumes : Le carnaval ayant pour but d’expier les mauvaises envies/idées, l’on se déguise en créature fantastique ou à l’image du roi en suage des contrées lointaines. Pas d’inspiration principale, la créativité est libre et le travestissement porte tout son sens lors de l’échange des rôles ou les habits « civils» sont conservés.

Le port du costume se poursuit pendant la Renaissance et prend un tour encore plus fastueux. Depuis François Ier, les entrées royales des souverains dans les villes donnent de nouvelles occasions d’organiser de somptueuse fêtes et de s’évader de son quotidien difficile l’espace de quelque heures par le port du costume.  Certaines de ces fêtes sont  exclusivement  » travesties  » et servent à la gloire du souverain. Elles deviennent des spectacles élaborés  et la noblesse parade vêtue de costumes somptueux.La cour étant itinérante jusqu’à Henri IV, ces festivités pouvaient durer jusque ’à plusieurs semaines ou mois et débordaient largement de la simple période du carnaval pour le port du costume. A ces grandes entrées royales s’organisaient aussi en parallèle de grandes réjouissances pour l’accueil de dirigeants étrangers ou de grandes unions princières.

On retrouve toute la tradition chevaleresque des  joutes, mêlées et combats à pied qui parachèvent l’aspect exceptionnel de ces grandes réunions.

Entrée à Rouen de Henri II, roi de France, et Catherine de Médicis, le 1er octobre 1550 Bibliothèque de Rouen

Entrée à Rouen de Henri II, roi de France, et Catherine de Médicis, le 1er octobre 1550 Bibliothèque de Rouen

Henri IV en Mars, attribué à Ambroise Dubois, vers 1605-1606- Prédominance de l'Antiquité comme référence

Henri IV en Mars, attribué à Ambroise Dubois, vers 1605-1606- Prédominance de l’Antiquité comme référence

Inspiration pour les costumes :  L’antiquité étant mise en avant comme modèle absolue sous la Renaissance, les héros mythologiques sont à l’honneur pour le choix des costumes. Armures à l’antique, toges et grands ornements de plumes sont privilégiés.  Les villes ayant l’honneur d’accueillir leur souverain rivalisent d’audaces pour se démarquer. On voit apparaître les premiers costumes inspirés de costumes « historiques » copiés sur les statues et sarcophages découverts lors des premières fouilles archéologiques. Le thème oriental est la deuxième grande inspiration pour la création de costume. Les grands découvreurs partis explorer le monde ramènent de nouvelles inspirations qui rejoignent les collections privés et mélangent les styles européens et orientaux.

Très célèbres portraits de Robert Shirley et Teresia, Lady Shirley par Anton Van Dyck, 1622

Très célèbres portraits de Robert Shirley et Teresia, Lady Shirley par Anton Van Dyck, 1622

XVIIème et XVIIIème siècle : Affirmer son pouvoir et se divertir

Carrousels royaux au XVIIème siècle : Cette tradition de grands spectacles en costumes est reprise au XVIIème siècle.  Les grandes entrées royales perdurent et les festivités qui y étaient associés se développent d’une autre manière … La population ne prend plus part elle-même aux festivités.  Seuls les participants à ces grands ballets parades sont costumés et le travestissement sert un message politique bien précis. Tout devient chorégraphié et aucun mouvement n’est dû au hasard. Ces grands carrousels sont dans la ligne directe des tournois et joutes présentés pendant la Renaissance : ils exposent la magnificence et le courage des nobles de la nation. Le coté festif y est présent mais sert de paravent à un message plus politique.

Le roi Louis XIV, costumé en empereur des Romains, premier quadrille par François Chauveau, 1662, Musée du Louvre

Le roi Louis XIV, costumé en empereur des Romains, premier quadrille par François Chauveau, 1662, Musée du Louvre

Le plus célèbre des carrousels est celui organisé par Louis XIV pour son retour Paris de Louis XIV, le 26 août 1660, après son mariage avec Marie-Thérèse. Les 5 et 6 juin 1662, cinq quadrilles s’affrontent dans un « Grand Carrousel » donné par Louis XIV dans la cour des Tuileries pour fêter la naissance du dauphin. Tous sont parés avec une extrême richesse et tous les membres de la cour y participent. Le frère du roi costumé en Persan, le prince de Condé en Turc, le duc d’Enghien en Indien, le duc de Guise en Américain, rendent les honneurs au roi costumé en empereur romain. A partir de 1680, la cour se fixe définitivement à Versailles et les entrées royales avec le caractère « universel » disparaissent peu à peu au profit des ballets de cour exclusivement destinés à la noblesse.

Le Carrousel de 1662. Course de bague et disposition des quadrilles dans l'amphithéâtre. Seconde journée en l’année 1662, Bibliothèque de Versailles.

Le Carrousel de 1662. Course de bague et disposition des quadrilles dans l’amphithéâtre. Seconde journée en l’année 1662, Bibliothèque de Versailles.

Les Turcs, conduits par le prince de Condé et Le duc d’Enghien dirigeant les Indiens. Bibliothèque de Versailles

Les Turcs, conduits par le prince de Condé et Le duc d’Enghien dirigeant les Indiens. Bibliothèque de Versailles

Ballet de cour : Au sein de la noblesse et dans son cœur la cour autour du roi, vont se développer deux types d’occasion de porter le costume : Le ballet de cour comme divertissement et le ballet performance exécutée sur une scène par des danseurs professionnels. Ces grands ballets costumés de cour sont exclusivement restreints et les personnes y assistants y sont honorées de leur présence.  Catherine de Médicis par son mariage avec Henri II va ramener d’Italie toute une culture du carnaval en France. La Comédia dell’arte fait son apparition et restera une valeur sûre dans le choix des thèmes de nombreuses fêtes costumées jusqu’à nos jours.

Une représentation de la commedia dell'arte par la troupe des Gelosi ( fin IVème début XVIème siècle) . Peinture Ecole Flammande

Une représentation de la commedia dell’arte par la troupe des Gelosi (fin IVème début XVIème siècle) . Peinture Ecole Flamande.

Rabel Daniel (1578-1637), Ballet des Fées des Forêts de Saint Germain

Rabel Daniel (1578-1637), Ballet des Fées des Forêts de Saint Germain

Le ballet de cour sous Louis XIV joue à la fois le rôle de catharsis et d’évasion, en étant aussi le média privilégié du pouvoir. Son premier rôle est  le divertissement des princes et leur cour. Ces spectacles permettent de se distraire du quotidien à l’occasion  de fêtes religieuses ou civiles, mariages ou carnavals…. Informer tout en amusant grâce à un voile d’allégories, frapper l’imagination et imprimer des valeurs essentielles : telle est son importance qui varie en fonction de chaque œuvre plus ou moins fortement. Louis XIV va institutionnaliser le ballet pour en faire un art noble notamment en créant L’Académie Royale de danse. Louis XIV va abandonner peu à peu le thème de la farce et du grotesque à quelques exceptions près pour les ballets de cours qui étaient encore bien présents sous l’influence de Catherine de Medicis.

La limite entre ballet de cour, bal civil se réduit et les prouesses dansantes se retrouvent aussi bien sur la scène que sur le parterre : Le port du costume suit ce mouvement et si les grands bals de cour à visée de parade utilisent plutôt les costumes parés, le masque et la fantaisie vont néanmoins perdurer.

Nymphe d'Armide par Bérain, 1695/ " Le Roi Soleil " en Apollon par Henri de Gissey, 1661/ Armide par Bérain 1670.

Nymphe d’Armide par Bérain, 1695/  » Le Roi Soleil  » en Apollon par Henri de Gissey, 1661/ Armide par Bérain 1670.

Les bals privés se développent aussi dans le confinement des milieux aristocratiques et bourgeois. Les débordements et manifestations qui accompagnent carnaval s’effacent peu à peu aux XVIIe siècle, remplacés par des bals masqués aristocratiques. L’influence de Venise est sensible dans les milieux de la bourgeoisie d’affaires. Nicolas Fouquet , richissime surintendant des finances du jeune Louis XIV organise un somptueux bal costumé dans son hôtel particulier d’Égly à Paris, le 15 janvier 1661. La mode se répand dans la haute société de cour qui organise des mascarades et des ballets, dont l’un des agréments réside dans la variété et l’originalité des costumes. Le bal masqué dénote du bal de carnaval par son aspect extrêmement riche et se déroulant en soirée contrairement à son homologue resté dans la rue en plein jour.

Une soirée similaire à la fête de Nicolas Fouquet en son hôtel particulier: Les participants viennent masqués et tous les jeux sont permis. ( Bal masqué au Panthéon de Londres vers 1770.)

Inspirations des costumes : Au XVIIème siècles, les goûts restent sensiblement les mêmes qu’au XVIème pour les thèmes costumés. On aime l’allégorie de la mythologie et l’exotisme. Les costumes sont fabriqués pour les ballets de cour par de grands ateliers et orfèvres. D’une richesse exceptionnelle, ils rivalisent de créativité comme le montre les gravures de Bérain. Le bestiaire importé du moyen age couplé aux légendes troyennes peuplées de monstres et de créatures fantastiques viennent élargir le champs des possibilité et développe la créativité.

Pour en savoir plus sur les costumes de scène à cette époque, je vous invite à consulter mon article : Le costume de ballet: Evolution du XVIIème au XVIIIème siècle

Dans les ballets de la noblesse qui se mueront en grands bals de cour : les habits les plus somptueux sont utilisés mais restent dans le domaine « civil ». Pas ou peu de création qui restent l’apanage du théâtre et de l’opéra. En dehors de la cour,le peuple des villes continuent de se costumer à l’occasion de grandes fêtes du royaumes civiles ou religieuses. Les espaces pouvant accueillir un grand nombre de personnes tels que les salles d’opéra ou de théâtres sont parfois utilisés. Les prémices de ces grands bals publics apparaissent et prendront une considérable importante au cour du XVIIIème siècle.

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La Mer par Bérain, années 1680. La silhouette rappelle celle que l’on trouve dans le costume civil : le justaucorps des hommes s’évasant dans le bas. Le personnage porte la barbe, c’est un sage, une source de vie. Les éléments liés à l’eau recouvrent son costume.

Au XVIIIème siècle.  Porté par le mouvement des Lumières qui privilégie l’individu et l’échange, le bal costumé va peu à peu se démocratiser.

Les démonstrations politiques de magnificence du roi et de sa cour vont perdurer avec les grands bals d’apparats et les bals en petits comité dans les hautes sphères de la société.

Bals publics : Le premier bal public ( qui est donc ouvert à tous moyennant un droit d’entrée est le fameux bal de l’opéra qui perdurera jusqu’au début du XXème siècle. Ce bal masqué a été crée par le régent Philippe d’Orléans fin amateur de fêtes en décembre 1715. Deux bals sont organisés par semaine pendant le carnaval et l’on peut y croiser des bourgeois voulant se mêler aux élites aristocratique qui sortent sous le masque ou le domino incognito. Marie-Antoinette alors Dauphine de France sera grande amatrice de ce bals et elle s’y rendra de nombreuses foies provoquant de grands scandales au sein de la cour. Les personnes portent le domino ( cape couvrant un costume civil) ou un costume entièrement crée par fois d’une somptuosité extravagante !

A la cour, en parallèle des grands bals d’apparat, quelques bals sont organisés toujours pendant la période du carnaval. On retiendra le Bal des Ifs donné à l’occasion du mariage du Dauphin avec l’infante Marie-Thérèse d’Espagne à Versailles le 25 février 1745.

Le tout jeune roi Louis XV déguisé en if taillé au milieu de ses compagnons charmera pour la première fois Jeanne Antoinette Poisson future favorite royale et marquise de Pompadour travestie en bergère.

Bal costumé donné à Versailles le 25 février 1745 pour le mariage du dauphin Louis avec Marie-Thérèse d'Espagne, dit « bal des Ifs »par Charles Nicolas Cochin, Château de Versailles et de Trianon

Bal costumé donné à Versailles le 25 février 1745
pour le mariage du dauphin Louis avec Marie-Thérèse d’Espagne,
dit « bal des Ifs »par Charles Nicolas Cochin, Château de Versailles et de Trianon

Scène Carnival, le menuet par Giovanni Domenico Tiepolo, 1750, Musée du Louvre

Inspiration pour les costumes : Nous sommes en pleine période rococo, les berges et les bergères règnent sur tous les arts décoratifs. Les inspirations à la nature sont aussi présentes avec des fruits, des fleurs, des arbres etc… à l’image du grand parc de Versailles. Les thèmes antiques très en vogue sous le règne précédent tiennent encore une bonne place aux cotés de divers créatures fantastiques ( diables, fées..) aussi en vogue pendant le Grand Siècle.

La vague orientale tient la faveur de nombreuses femmes qui n’hésitent pas à paraître en tuniques et pantalons bouffants dans certaines soirées plus intimes. Comme en témoignent de nombreux portraits de grands personnages de la cour habillés façon sultane du Harem ou guerrier turques, les possibilités de costumes sont infinies et permettent de nouvelles libertés. Les européens ont toujours fantasmé sur cet orient lointain et ses coutumes particulières. Avec le développement du commerce au début du XVIIème siècle via la Compagnie des Indes orientales, le monde occidental découvre une gamme infini d’objets de décorations et de thèmes , source inépuisable pour l’ensemble des arts décoratifs et notamment le costume. On voyage à l’intérieur de son propre pays en se travestissant en sultane, en Grand Turque ( en témoigne les pièces de Molière), en dame Chinoise voir Africaine. Au XVIIe et XVIIIème  siècle, s’habiller « à la Turque », « à la Chinoise », « à la Japonaise » – uniquement dans l’intimité ou lors de fêtes – est un signe de haute distinction sociale et d’ouverture sur le monde.

Les premiers catalogues exclusivement consacrés ou costumes de fêtes pour y puissser ces idées commencet à circuler tel le Recueil de cent estampes représentant différentes nations du Levant, tirées sur les tableaux peints d’après nature en 1707 & 1708…, publié en 1714 à partir de l’oeuvre du peintre Jean Baptiste Vanmour

Auparavant il s’agissait de gravures représentant les costumes de scène ( théâtre- opéra) avec le développement de la presse écrite, les idées vont circuler plus librement et rapidement entraîner une émulation artistique dans le domaine.

Jean-Etienne Liotard, portrait de Madame Adélaide fille du roi Louis XV habillée à la Turque et Portrait présumé de Laura Tarsi en habit à la turque. Milieu du XVIIIème siècle

Jean-Etienne Liotard, portrait de Madame Adélaide fille du roi Louis XV habillée à la Turque et Portrait présumé de Laura Tarsi en habit à la turque. Milieu du XVIIIème siècle

Le jardin chinois, par François Boucher, 1742

Le jardin chinois, par François Boucher, 1742

 Il Ridotto par Pietro Longhi 1702 Venise. Le domino permet de se promener en toute discrétion pendant le carnaval dans cette scène à Venise

Il Ridotto par Pietro Longhi 1702 Venise.
Le domino permet de se promener en toute discrétion pendant le carnaval dans cette scène à Venise

Naissance de l’historicisme

Les premières fouilles des sites d’Herculanum et de Pompéï en 1738 et 1748 font revivre l’Antiquité. A l’image des apports de la Compagnie des Indes orientales pour les  » turqueries,  chinoiseries  » et autres thèmes exotiques, les fouilles archéologique vont inspirer les contemporains et se répandre dans tout le domaine des arts décoratifs ( ameublement costume civil et de travestissement, peinture, sculpture etc) On va désormais faire à la manière de «  l’Antique ». Ainsi en 1788, Madame Vigée-Lebrun donne dans son salon de l’Hôtel de Lubert, un  » souper grec « , événement mondain qu’elle raconte dans ses Souvenirs. La mode des robes blanches néoclassiques et drapés des châles cachemire fait fureur.

Posséder des objets provenant de contrées lointaine marque la richesse intellectuelle, matérielle et curieuse de son propriétaire.  » L’antique  » ayant supplémenté momentanément le gout « oriental », la société éclairée va se documenter, rechercher les thèmes , les habits… Il est à la mode de se faire peindre façon Van Eyck ou Velasquez. De nombreuses réminiscences du passé viennent ainsi se mêler au gout local. Pour la plupart de ces portraits, les habits de vestales, Diane chasseresse et autre Armide ne sont que le fruit de l’imagination du peintre, mais il est fort probablement que les participants aux bals travestis s’en inspirent pour créer leur costume.

Ruines d'un temple dorique (1783) par Hubert Robert célèbre artiste reprenant la ruine antique comme thème principal de son oeuvre. Musée de l'Ermitage - Saint-Pétersbourg

Ruines d’un temple dorique (1783) par Hubert Robert célèbre artiste reprenant la ruine antique comme thème principal de son oeuvre. Musée de l’Ermitage – Saint-Pétersbourg

XIXème siècle : Historicisme, créations faste et amusements

Si je devais résumer l’approche du XIXème siècle au costume de travestissement, je dirais qu’il s’agit d’un mélange de toutes périodes et tous éléments depuis le début du XVIème siècle. La vague historisante va brasser un nombre impressionnant d’inspirations et tout ou presque va être matière à création dans un tourbillon de matières et de couleurs !

Au début du XIXe siècle, dans la lignée de la fin du XVIIIe, l’histoire est considérée comme une discipline intellectuelle à part entière. On revient aux prémices de la Renaissance et l’on voit apparaitre fraises, dentelles et manches crevées aussi bien sur les costumes civils que de travestissement.

La Révolution de 1789 va secouer l’Europe et la hiérarchie sociale en place depuis de nombreux siècle. L’influence bourgeoise qui tient à conserver un code moral va influencer les périodes de fêtes où le travestissement est d’usage. Les bals qu’ils soient en costume civil ou costume travestis se développent dans toutes les couches de la population . Comme je l’ai mentionné au début de l’article, ces bals ont tous les mêmes fonctions : Ils  sont des endroits privilégiés pour nouer des relations entre bonnes familles autant que de se divertir.

Le carnaval se déplace dans la rue En parallèle de ces grands bals aristocratiques, les fêtes travesties directement liées au traditions du carnaval avec ses éventuels débordements  perdurent toujours . Le carnaval est alors l’occasion de réjouissances variées, qui vont du festin à la parade en passant par les aspersions, barbouillages, batailles de projectiles, jeux de l’ours, chasses, farces, déguisements, chants, danses…

Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, bals et festins font place à de fastueux défilés, en particulier sous l’influence de la ville de Nice qui en lança la mode à partir de 1873, en instituant un corso carnavalesque auquel était rattaché un Comité organisateur de la fête. Désormais, défilés de chars, cavalcades, mascarades, etc., constituent les moments forts du carnaval dans les grandes villes. Ils sont étroitement contrôlés par les autorités sous l’influence de la bourgeoisie qui tient à un contrôle strict des mœurs. Pas de débordements comme au Moyen Age, ils ne sont que  » figurés « .

Scène de carnaval : dans une calèche, divers personnages costumés, par Eugène Lami, XIXe siècle.

Scène de carnaval : dans une calèche, divers personnages costumés,
par Eugène Lami, XIXe siècle.

Costumes de carnaval, planche de Antoine Jean Baptiste Thomas, 1823

Costumes de carnaval, planche de Antoine Jean Baptiste Thomas, 1823

Bal de l’opéra Héritage du XVIIIème siècle, le grand bal de l’opéra st le moment fort du carnaval de Paris. Il a lieu dans l’ancienne salle rue Peletier, détruite dans un incendie en 1873. Les spectateurs s’y pressent pour admirer les déguisements élégants des personnes de la haute société qui occupent les loges. La vue est aussi impressionnante que dans les grands bals aristocratiques et les participants rivalisent d’élégance, de richesse et parfois d’idées novatrices.

Le bal de l'Opéra, par Eugène Charles François Guérard, XIXe siècle

Le bal de l’Opéra, par Eugène Charles François Guérard, XIXe siècle

Bal costumé à l'Opéra, par Édouard Manet, 1873- National Gallery London. Les bonnes mœurs semblent outrepassées comme en témoigne le petit groupe sur la gauche !

Bal costumé à l’Opéra, par Édouard Manet, 1873- National Gallery London. Les bonnes mœurs semblent outrepassées comme en témoigne le petit groupe sur la gauche !

Bals privés En parallèle, les bals privés (bals sous invitation stricte et très recherchée) perdurent et se muent en une institution extrêmement codifiée. Ces bals privés costumés ou non deviennent les endroits incontournables pour se montrer se distinguer et faire sa cour mondaine. Ils ont le plus souvent lieu chez de grands personnages et portent parfois un thème particulier. La baronne de Staffe donne ses conseils aux jeunes participants concernant leur tenue pour des  » bal rose  » et  » bal blanc « .  Le costume est toujours civil mais certains participants font preuves de créativité en ajoutant des éléments ou détails qui font le trait d’union entre costume de bal civil et costume de travestissement. A noter que les hors période de carnaval, les fêtes et bals en costumes  mettent le costume historique à l’honneur. Le travestissement est prétexte pour étaler aux yeux de tous son opulence. La création d’un costume est désormais sujette autant que le costume civil à la mode et prétexte à une débauche de luxe.

Bal costumé (époque Louis XV) dans les salons du comte de Morny, le 7 mars 1859, dessin Bligny, gravure Henri Linto. On distingue des personnages parés en personnages de la cour du XVIIIème siècle. Période favortie de l'épouse de l'empereur du moment en France, Napoléon III

Bal costumé (époque Louis XV) dans les salons du comte de Morny, le 7 mars 1859,
dessin Bligny, gravure Henri Linto.
On distingue des personnages parés en personnages de la cour du XVIIIème siècle. Période favorite de l’épouse de l’empereur du moment en France, Napoléon III

 image composite du premier grand bal costumé canadien, qui est organisé par le comte de Dufferin et son épouse le 23 février 1876. Dans les mois qui suivent l’événement, des photographies individuelles sont découpées et collées sur un décor peint représentant la salle de bal de Rideau Hall au Canada

Image composite du premier grand bal costumé canadien, qui est organisé par le comte de Dufferin et son épouse le 23 février 1876.

Plusieurs grands bals ont fait date. Largement relayés par la presse via des photographies ou des aquarelles, ils rivalisent de somptuosité que ce soit au niveau de l’organisation ou du vêtir des participants.

Le bal travesti le plus célèbre est sans doute celui organisé en Angleterre par Louisa, Duchesse of Devonshire  pour célébrer le jubilé de diamant de la Reine Victoria d’Angleterre le 2 juillet 1897.

Les invités conviés au bal représentent la crème de l’aristocratie anglaise. Une débauche incroyable de richesse de créativité ou de copie parfaite d’un vêtement historique s’offrent devant l’objectif de la London Photographic Firm of Lafayette. Chaque participant est immortalisé avec son costume avant de pénétrer dans les salons réaménagés par l’hôtesse. Certaines sources parlent de plus de 1500 participants ! Je vous invite à fouiller sur le net les nombreuses photographies relatant l’événement.

Bien d’autres bals privés notables auront lieux tous dans la même directive de montrer avec opulence une fête surdimensionnée dans tous ses aspects.

Costume de « Zénobie, reine de Palmyre », réalisé par Jean-Philippe Worth, porté par Louise, duchesse de Devonshire au bal du jubilé de diamant de la reine Victoria en 1897

Costume de « Zénobie, reine de Palmyre », réalisé par Jean-Philippe Worth, porté par Louise, duchesse de Devonshire au bal du jubilé de diamant de la reine Victoria en 1897

Autres participants au bal: Lady Ampthill en marquise du XVIIIème siècle dont les formes évoquent clairement le costume civil/ Lady Wolverton en Britannia, pure création inspirée de l'Antique /Baron Tweedmouth as Robert Dudley and Lady Tweedmouth as Queen Elizabeth for Devonshire House Ball 1897

Autres participants au bal: Lady Ampthill en marquise du XVIIIème siècle dont les formes évoquent clairement le costume civil/ Lady Wolverton en Britannia, pure création inspirée de l’Antique /Baron Tweedmouth as Robert Dudley and Lady Tweedmouth as Queen Elizabeth . Parfaites reproductions historiques.

Bals de cour royaux et impériaux : Avec le retour sur le trône des Bourbons puis de la lignée Bonaparte en France, les coutumes de l’ancien régime vont êtres remises au gout du jour. Les bals d’apparats seront travestis pendant la période de carnaval et tous les participants devront se fier soit à un thème imposé soit laisser libre court à leur créativité.

Ainsi, le 2 mars 1829, la duchesse organise aux Tuileries un bal costumé qui met en scène la présentation de l’épouse de François II à la cour de France en 1558. La vague historique va considérablement influencer à la fois le costume civil et de travestissement.  En France  le Second-Empire déploie un faste considérable pour les bals qu’il organise.

De nombreux bals en costume « civil » sont organisés par le couple Napoléon III et Eugénie , souverains de France et de cette « fête impériale ». Une préférence nette pour le XVIIIème est notable car l’impératrice Eugénie, grande admiratrice de la reine Marie-Antoinette va remettre au gout du jour des éléments empruntés aux arts décoratifs français de cette période. Grande collectionneuse d’objets anciens et ayant appartenus à la reine, l’impératrice Eugénie va apparaître travestie en Marie-Antoinette. Cette fascination s’exprime pleinement dans cette toile de Winterhalter, parfois appelée « L’Impératrice Eugénie à la Marie-Antoinette ». Debout, de profil dans un jardin, la souveraine porte une robe de taffetas jaune ornée de rubans bleus et de nœuds noirs, les cheveux poudrés de blanc à la mode des aristocrates d’Ancien Régime. Eugénie n’a vraisemblablement revêtu ce costume que pour la séance de pose mais, en février 1866, c’est bien la copie d’une robe de Marie-Antoinette qui fut confectionnée pour elle à l’occasion d’un bal organisé dans la Grande Galerie des Glaces du château de Versailles. Une fête somptueuse dont les journaux se feront le relais.

L'impératrice Eugénie à la Marie-Antoinette par Franz Xaver Winterhalter, 1854 et la photographie studio qui servit de support au peintre

L’impératrice Eugénie à la Marie-Antoinette par Franz Xaver Winterhalter, 1854 et la photographie studio qui servit de support au peintre

Le costume par l’aspect transgressif qu’il offre permet excuser certains écarts de moralité que les plus scandaleuses des grandes courtisanes et actrices ne vont pas se faire prier d’utiliser. La comtesse de Castiglione , aventureuse italienne et maîtresse pendant un temps de Napoléon III va ainsi paraître à un bal vêtue d’un costume très court dévoilant largement ses jambes et stupéfiant l’assistance de ces messiers pour sa beauté  » à nue  »  et l’assistance des dames pour son audace. L’Impératrice aura un mot cinglant resté célèbre et conté dans les mémoires de Pauline de Metternich « Je trouve que le cœur est un peu bas mais c’est sans doute sa place normale chez cette personne « .

La comtesse de Castiglione en Dame de Cœur vers 1863, par Pierre-Louis Pierson - Photographies recolorisée et retravaillée

La comtesse de Castiglione en Dame de Cœur vers 1863, par Pierre-Louis Pierson – Photographies recolorisée et retravaillée

La mode des bals travestis calqués sur une période historique connait son apogée aussi de l’autre côté de la manche. Dès 1810, en Angleterre, la littérature romantique et les romans de Walter Scott, inventeur du roman historique, mettent à la mode le Moyen Âge et la Renaissance mixés ensemble sans distinction. Ce mouvement qualifié de néogothique, ou encore de style troubadour, mettra quelques années pour arriver en France. Vers 1830, les romans et les pièces de théâtre de Victor Hugo seront la source d’inspiration de nombreux artistes, qui se soucient d’exactitude iconographique, même si on est dans un Moyen-Âge réinventé.

C’est l’occasion de recréer des quadrilles historiques (comme Le Quadrille de Marie Stuart, dansé le 2 mars 1829 chez la duchesse de Berry ) ou des quadrilles fantaisistes ( comme le quadrille des abeilles : épisodes du bal costumé donné par l’impératrice Eugénie le 9 février 1863 et que mon association de danse Carnet de Bals a recrée en 2014.)

Le Bal Stuart au Palais de Buckingham, 13 juin 1851, Eugène Lami, 1851

Le Bal Stuart au Palais de Buckingham, 13 juin 1851, Eugène Lami, 1851

La robe que portait la reine Victoria pour le bal Stuart et un dessin la représentant commandé à Eugène Lami, 1851

La robe que portait la reine Victoria pour le bal Stuart et un dessin la représentant commandé à Eugène Lami, 1851

Épisode du bal costumé donné par l'impératrice le 9 février 1863: Le ballet des abeilles

Épisode du bal costumé donné par l’impératrice le 9 février 1863: Le ballet des abeilles.

Quadrille des abeilles reconstitué par l'association Carnet de Bals crédit photo Thierry Liard

Quadrille des abeilles reconstitué par l’association Carnet de Bals crédit photo Thierry Liard

Inspiration des costumes :

Concernant le carnaval de rue, les thèmes restent assez proches des nôtres. L’usage du masque qui dissimule pour le jeu est de rigueur. Les masques et les déguisements que les participants revêtent renvoient au folklore et à la mythologie populaire ; tel l’homme sauvage, ils sont des survivances de cultes païens de la fertilité, de la régénération de la nature.

L’ascension de la bourgeoisie dans les villes, la crainte des classes populaires dangereuses conduisent les édiles locaux à organiser le carnaval de manière différente : de nouvelles festivités pittoresques y sont introduites et priorité est donnée aux défilés de chars allégoriques. La création est relativement libre et tous les thèmes sont abordés.

Carnaval de Nice: carte postale photographique de 1890 environ illustrant un des chars de la parade

Carnaval de Nice: carte postale photographique de 1890 environ illustrant un des chars de la parade

La mi carème à Paris- Bataille de confetis sur les grands boulevards vers 1895. Photographie par Adolf de Gayne de Meyer- Grand Palais

La mi carème à Paris- Bataille de confetis sur les grands boulevards vers 1895. Photographie par Adolf de Gayne de Meyer- Grand Palais

 Dans les milieux plus aisés et bals privés. La créativité se développe plus amplement encore. Les inventions technologiques rendent accessibles les bals à un plus large public. L’introduction des lithographies et le procédé de la presse rotative vont diffuser à grande échelle les modes civiles et travestissements.

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Travestissement des saisons- Revue américaine vers 1876

Mademoiselle Porte Bonheur et Etoile d'Or- Travestissements de 1901 publiés dans uen revue spécialisée

Mademoiselle Porte Bonheur et Etoile d’Or- Travestissements de 1901 publiés dans une revue spécialisée française.

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Ces gravures inspirent et certaines cherchent à les reproduire à la perfection ! Comme ce travestissement de chauve souris daté de 1887 et une dame inconnue l’arborant ; travestissement datant de 1884 sur le thème du frelon fièrement arboré par Mrs. William Seward Webb (Famille américaine Vanderbilt)

Chaque période de l’année possède son costume, le carnaval en fait partir. Paris influence largement l’Europe dans le domaine du travestissement et les magasins de nouveautés (ancêtre des grands magasins) comment à proposer des articles pour se déguiser à moindre coût.

Pour ne pas surcharger l’article, je vous invite avec plaisir à arpenter les galeries en lignes de Gallica, du Victoria and Albert Museum et de bien d’autres pour se faire une idée de l’immense patrimoine iconographique disponible !

Les thèmes restent très similaires à ceux décrits depuis la Renaissance. A l’image même du gout du XIXème siècle pour cet éclectisme basé sur un mixage conséquent de différentes périodes historiques, on retrouve dans les bals « libres «  des bergères côtoyant des marquis, des sultanes, costumes à la turque, simples dominos, inspirés de la nature,  des diables, des déesses Égyptiennes mais aussi des costumes plus allégoriques empruntant aux découvertes et nouvelles technologies. Bref absolument TOUT y est abordé et à titre personnel, je reste subjugué par un telle capacité de création et d’imagination ! Quand il ne s’agit pas de copier au plus proche de la réalité historique un costume, celui-ci s’inspire et revisite le concept avec les formes de l’époque. Ainsi on peut croiser une égyptienne à traine et à bourrelets plissés (typique des années 1870) ou encore une marquise XVIIIème en 1890 dont le costume se dote des immenses manches gigots qui n’étaient pas présente sous le règne de Marie-Antoinette. Amusez-vous à chercher ces petits détails dans les gravures qui permettent de dater un costume de travestissement grâce aux éléments de la mode civile de l’époque qui y ont été appliqués.

Dans le milieu impérial et aristocratiques, les dames et messieurs se fient à leur tailleur/ couturier de référence. C’est l’occasion pour ces créateurs de mode de laisser libre court à leur imagination. Le très Célèbre Worth par exemple connait son heure de gloire sous le Second-Empire. Couturier attiré de l’impératrice et favoris de toutes les têtes couronnés d’Europe, il sera soumis à une forte pression l’obligeant à produire un nombre conséquent de costume de travestissement pour suivre le rythme infernal de la période du carnaval et des grands bals travestis. On conserve aujourd’hui de nombreuses créations et dessins originaux de ce créateur de génie qui a su allier élégance, somptuosité voir aussi extravagance.

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La fée électricité vers 1890

Il est certains que Cléopatre n'a jamais porté de traine somptusement draprée dans les chaleurs de l'Egypte ! Néenmoins, cette gravure nous permet de dater la période vers 1878 au vu de la coupe de cette traine !

Il est certains que Cléopâtre n’a jamais porté de traîne somptueusement drapée dans les chaleurs de l’Egypte ! Néanmoins, elle nous permet de dater la gravure ers 1878 au vu de sa coupe  ! (La Mode Illustrée)

Costume de l'infante Marguerite, d'après Vélasquez, réalisé par Jean-Philippe Worth, porté par Kate Brice au bal Bradley-Martin le 10 février 1897

Costume de l’infante Marguerite, d’après Vélasquez, réalisé par Jean-Philippe Worth,
porté par Kate Brice au bal Bradley-Martin le 10 février 1897

Vague historicisante  Au XIXème se développe un goût prononcé par l’histoire. Héritage des fouilles archéologiques italiennes de la fin du XVIIIème siècle, le public se passionne pour les époques antérieures. Il sert aussi parfois de message politique autant que d’exhibition de magnificence. Ainsi, lorsque la duchesse de Berry organise la présentation de l’épouse de François II à la cour de France, on insiste sur le lien entre la duchesse et Marie Stuart.  Après l’assassinat de son époux le duc de Berry – fils de Charles X et père du duc de Bordeaux, « enfant du miracle », héritier né à titre posthume, le style gothique revêt une signification politique dans les milieux légitimistes. On utilise l’histoire pour asseoir la légitimité de la famille prétendante au trône de France. Au Canada et en Angleterre, ces grands bals travestis ou reconstitutions historiques servent aussi un message politique. A l’image de ce que voulait Louis XIV et bien avant avec Catherine de Médicis :  » Les divertissements sont prompts à établir de bonnes relations et montrer sa déférence au monarque  »

Je vous suggère ici un lien racontant en détail le bal costumé de la duchesse de Berry, un régal à lire ! http://www.dumaspere.com/pages/bibliotheque/chapitre.php?lid=r58&cid=1

En France, le mélange des genre est le plus souvent de mise : les costumes ne sont pas forcément calqués sur la réalité historique mais on s’en inspire, on mélange les genres, ce qui est typique du style troubadour avec le costume civil de l’époque: collerettes à la Médicis, manches énormes, fraises…  On fera de même dans les années 1860 avec le style Marie-Antoinette jusqu’à nos jours. En Angleterre, la reine Victoria fait retisser un brocard de l’époque de Chales II et recréer pour sa berthe d’après une copie originale une dentelle au point de Venise d’une grande richesse.. Elle portera cette robe lors du Bal Stuart en 1851 aux cotés de son époux le prince Albert travestit en Charles II , copie d’un tableau d’époque.

Lithographie du bal costumé donné par la Duchesse de Berry( Musée des arts décoratifs de Bordeaux)

Lithographie du bal costumé donné par la Duchesse de Berry( Musée des arts décoratifs de Bordeaux)

Le phénomène intéressant de la copie historique pure est très présent chez les Néerlandais au XIXème siècle. Pendant la période de carnaval ou pour célébrer les grandes dates des écoles et universités , les étudiants organisent de grands défilés historiques. De longues recherches sont entreprises pour recréer les figures très connues du Siècle d’Or Néerlandais et reproduire le costume à l’identique.( A noter que la partie mascarade créative se produisait lors des soirées attenantes à ces grands défilés). Le défilé le plus notable est celui des étudiants de Delft.  Après des recherches dans tous les fonds néerlandais pour s’immerger intensivement dans le XVIème siècle, des costumes très proches de la réalité sont réalisés en utilisant les techniques d’époque voir recréer les tissus disparus. Ces défilés disparaissent petit à petit après 1900 quand le goût pour la fantaisie est préféré . Ils restent néanmoins une exemple unique dans l’histoire du costume de travestissement !

Jhr Willem Godin de Pesters en Comte de Nassau pour la procession des étudiants de Delft en 1898 et le costume conservé. Collection J de Jonge

Jhr Willem Godin de Pesters en Comte de Nassau pour la procession des étudiants de Delft en 1898 et le costume conservé. Collection J de Jonge

 

Conclusion- période moderne

A partir des années 1910, les ballets russes, spectacles  et un renouveau du goût de l’exotisme feront monter le créateur Paul Poiret et sa fameuse ligne Shérazade. Des années 1920 jusqu’à nos jours, tout ce qui aura été hérité de la Renaissance en matière d’inspiration de costume se mêleront, pour créer ou recréer une nouvelle esthétique. Il n’y a plus de règles, chacun aujourd’hui s’approprie le port du costume qui se fait désormais en dehors de la période consacrée  .  D’une part le traditionnel port lors du carnaval avec le mardi gras des enfants ( pour ma part je venais costumée à l’école ce jour là) et le plaisir qui en découle de devenir quelqu’un d’autre l’espace de plusieurs heures et d’expérimenter une ambiance bien différente du quotidien. Se cottoient aussi les reconstituteurs  historiques qui cherchent authenticité parfait avec ceux qui s’en inspirent plus au moins fidèlement. Nos bals de association Carnet de Bals sont aussi l’image de ces bals du XIXème siècle : des moments avant tout joyeux hors du temps et permettant à chacun d’exprimer librement sa créativité ou son amour pour une période historique.

Je n’ai pas évoqué le travestissement/déguisement des enfants qui aurait alourdit l’article mais je vous invite à consulter l’article qui leur est dédié par l’excellent blog  les8petites8mains qui m’a beaucoup aidé pour la rédaction du mien.

A l’image de la mode même, le costume de travestissement aura mêlé et mêlera encore toutes les inspirations dans un tourbillon de couleurs de matières et accessoires !

Cet article était exceptionnellement long et dense tant le sujet me passionne mais je voulais partager avec vous tous les aspects parfois méconnus de ce thème ! Merci cher lecteur, chère lectrice de m’avoir lu jusqu’au bout ;)

Terminons avec la Reine Elisabeth II qui a fété cette années ses 90 ans et représentée ici en marquise du XVIIIème siècle dans les années 1938-1940

Terminons avec la Reine Elisabeth II qui a fêté cette années ses 90 ans et représentée ici en marquis du XVIIIème siècle accompagnée de sa soeur Margaret dans les années 1938-1940 ( Photo recolorisée )

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Crédits photos: Gallica/ British Library/ Kunsthistorisches Museum, Vienne/ Bibliothèque de Rouen/ Musée du Louvre/ Bibliothèque de Versailles/ Château de Versailles/ Rijksmuseum d’Amsterdam/ Musée de l’Ermitage/ Château de Compiègne/ Grand Palais de Paris/ Jacoba de Jongh/  Musée des arts décoratifs de Bordeaux/ Petite Lune/ Mathilde Bartholin/ Thierry Liard

Sources/ Pour en savoir plus:

>L’histoire du Bal par le CND

>Les bals masqués en Angleterre

>Plume d’histoire : L’impératrice Eugénie et les arts

>Article complet relatant le bal de la duchesse de Devonshire

>Les 8 petites mains

>Gallica (Site en ligne de la BNF)

>Base Joconde : Toutes les œuvres en ligne de la Réunion des Musées Nationaux français.

>Jacoba de Jongue, Living Fashion.

> »Je ne suis pas jolie, je suis pire » Mémoires de Pauline de Metternich aux éditions Plon.

>L’histoire par l’image: Le carnaval et ses réjouissances

>Le bal des Ifs- Château de Versailles

>Grande partie de la collection de photographies prise pour le bal de la duchesse de Devonshire 

>La collection de gravures pour les costumes de travestissement au Victoria and Albert Museum

 >Lady Aberdeens Historical fancy ball

>Fancy dresses, fashion history

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4 réflexions sur “Costume de travestissement indien et grecque

  1. Catherine Memarian dit :

    Toujours aussi passionnant Marie-Laure !!!
    Votre article m’inspire particulièrement car je suis en train de faire un costume traditionnel indien pour une amie (tendance Bollywood :) )

    Si je peux me permettre une petite remarque… sur la dernière photo, la reine Elizabeth porte le costume de marquis, sa soeur étant en marquise :).

    Aimé par 1 personne

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