Robe du soir cobalt 1834

Parfois le calendrier nous joue des tours et la robe que je vais vous présenter a été décidée en l’espace de deux jours et réalisée en moins de trente jours ! Je préfère toujours réfléchir mes projets à l’avance mais je ne voulais pas manquer cet événement. Je me suis donc imposée un véritable challenge ! D’autant que vous allez le voir, j’ai largement sous estimé le temps de finitions à la main ^^

L’occasion : Un grand bal donné au château d’Ursel en Belgique qui vient parachever le grand événement de reconstitution auquel j’ai pris part avec mes amis au mois juin dernier. Cette fois ci, une grande soirée est organisée dans la salle de bal du petit château . Ce fut une soirée magnifique et déjà pleine de souvenirs !

Et pour commencer, voici un petit topic sur le costume à cette période !

——–

PRÉSENTATION DU COSTUME FÉMININ EN 1825-1835:

La remise au gout du jour de l’Antique permise par la Révolution Française avait provoqué un chamboulement absolu dans la mise des femmes: Pour une partie d’entre elle: abandon du corset, des jupons et de toute armature possible. Cependant, cette mode éphémère ne dura guère que trois ans entre 1800 et 1803. Peu à peu, sous les effets du climat et d’un retour à un gout d’ostentation: les robes fines tubulaires se sont élargies , garnies de volants, de passementerie, le jupon retrouve son caractère utile isolant  et formateur de silhouette… Le costume de cour du Premier Empire s’est appliqué à relancer la production d’étoffes précieuses comme les soies Lyonnaise et relancer l’industrie du luxe mise à mal par la Révolution de 1789.

Sous l’influence du romantisme  avec son goût de l’exotisme et sa passion de l’histoire, la mode adopte d’abord le style troubadour, puis le style à la cathédrale qui marquent le succès des châles cashmere et des turbans venus d’orient. Les fraises, manches à crevées et à gigots, inspirés directement des costumes renaissance des XVIème et aussi XVIIème siècle ont la faveur. Chez les hommes à la même époque, les adeptes du Dandysme suivent l’arbitre des élégances: Le Beau Brummell,  en faisant de leur toilette et leur paraître leur principale préoccupation. En France, la duchesse de Berry incarne la figure de  mode jusqu’en 1830.

La cour de Louis Philippe ne prétendra aucune vouloir diriger la mode. Se voulant bourgeoise, elle simplifiera le cérémonial et les uniformes du Premier Empire de Napoléon Bonaparte.

Les étoffes n’ont guère évoluées: lainage à la ville, soieries légères, percales et mousseline de coton pour les femmes qui adoptent à partir de 1825 les cotonnades imprimées.

De 1825 à 1824: La fin de la taille haute.

De 1820 à 1824, la ligne de taille redescend légèrement au niveau des côtes flottantes, ce grâce à l’ajout d’une ceinture la prolongeant. La jupe s’évase encore , raidie en bas par des coques de mousselines, volants, bourrelets et bouillonnées de tulle ou de soie. Les décolletés courts  le jour et garnis de fraises,  s’élargissent le soir en ovale. Les manches sont courtes et ballonnées.Les jockeis ( volants froncés et découpés inspirées du Moyen-Age) font leur apparition. Pour sortir on enfile une redingote ou un spencer ( issus directement des redingotes et manteaux courts de 1810) en laine ; ou enveloppée dans de larges châles de cashmere. Les chapeaux sont des capotes à passes plus évasées que leurs précédents homologues, des toques ou hautes coiffures empanachées à bords ondulant, surmontant une rangée de bouclettes de part et d’autre du visage s’épaississant au fil du temps. Les souliers de bal très légers, sont des escarpins à bouts carrés le plus souvent de satin, noués comme les cothurnes antiques.. Le jour, on porte des bottines souples en serge de laine ou en fine peau.

1830S 1

Costumes Parisiens 1820/ Auguste-Amelie de Bavaria par Joseph Karl Stieler, 1824-25/ Costumes parisiens 1825/ Portrait vers 1826/ Spencer: Costumes Parisiens 1819

De 1825 à 1828 : La taille retrouve sa place naturelle. La jupe froncée autour d’une ceinture incrustée raccourcie au niveau de l’ourlet et s’orne plus ou moins haut de volants et de découpes en relief bordés de ganse. Les robes du soir  à petites manches ont parfois une sur-manche plus large en gaze se resserrant sur l’avant bras. On porte pour sortir les spencers, redingotes à multiples collets, les capes avec ou sans capuchon. Les dames sont férues de  colifichets : On retrouve les canezous – petits corsage de mousseline portés par dessus la robe-,  les mantelets posés sur les épaules avec de très longs pans maintenus par  la ceinture et toujours les jockeis qui s’étalent sur les manches prenant petit à petit plus de volume.

Costumes Parisiens, robe de bal 1820/ Redingote, Suède 1825/ Portrait d' Elizaveta Vorontsova, 1825/ Robe de bal ou de mariage, 1828/ Costumes Parisiens, robe du soir 1825

Costumes Parisiens, robe de bal 1820/ Redingote, Suède 1825/ Portrait d’ Elizaveta Vorontsova, 1825/ Robe de bal ou de mariage, 1828/ Costumes Parisiens, robe du soir 1825

Les proportions ne vont cesser de s’agrandir jusqu’en 1840 environ. Manches plus larges, jupes plus larges etc…

Les coiffures sont des turbans de cashmere ou en tissu imprimé orné de plumes d’oiseaux de paradis, grands bérets  mais surtout: chapeaux à large bords plats, support de multiples ornements:  fleurs, plumes, rubans, sur-nœuds…La calotte est large pour laisser passer les coques de cheveux d’abord basses en nœuds ou papillon puis après 1827: à la girafe ( En hommage à la première girafe arrivée en France au jardin des plantes) Les passes de rubans ne sont pas nécessairement noués et flottent de chaque coté.

De 1825 à 1834, la taille est emprisonnée ( mais pas encore marquée) dans un long corset dont la forme évoque celle des corsets Premier Empire avec sa poitrine très haute et son busc frontal de bois , d’os ou d’ivoire. Les manches vont augmenter considérablement de volumes , de même qu’ avec le gonflement des jupes en parallèle vont accentuer l’illusion d’optique d’une taille fine, encore accentuée par le port de ceintures contrastées  en couleur ou matière.

Dessous vers 1830-35: Corset cordé, jupon cordé, chemise et brassards d'épaules/ Coiffes du matin entre 1825 et 1835/ Brassard d'épaule, 1835/ Dessous 1835: brassards aramturés, corset cordé et jupon cordé.

Dessous vers 1830-35: Corset cordé, jupon cordé, chemise et brassards d’épaules/ Coiffes du matin entre 1825 et 1835/ Brassard d’épaule, 1835/ Dessous 1835: brassards armaturés, corset cordé et jupon cordé.

Les manches sont soutenues par des coussins ou des mancherons de toiles. Les jupes prennent d’avantage d’ampleur grâce aux jupons cordés: un jupon froncé à la taille et doté de cordelettes  prises ente deux couches de tissus , créant une raideur supplémentaire tout en conservant de la souplesse. Le linge est toujours abondamment utilisé: du bonnet d nuit aux mouchoirs, en passant par les canezou, fichus de percale …. Le large décolleté en bateau est couvert le jour de guimpes, de fichus, de cols de baptises… et le soir garni de plissés, de croisures… les emmanchures sont placées plus bas que l’articulation de l’épaule et forment parfois le décolleté « en cœur« . On continue de porter souliers carrés de satin le soir et bottines de peau le jour.

Tenue d'été: Robe imprimée florale, ceinture de velours, capote cordée vers 1834/ Gravures de modes anglaises, 1835/ Robe de jour américaine 1832-34/ Pèlerine mantelet en dentelle vers 1835

Tenue d’été: Robe imprimée florale, ceinture de velours, capote cordée vers 1834/ Gravures de modes anglaises, 1835/ Robe de jour américaine 1832-34/ Pèlerine mantelet en dentelle vers 1835

De 1830 à 1839, la jupe s’allongera de nouveau s’arrêtant sur le coup de pied  et s’ornant parfois d’un volant remontant en biais jusqu’à la taille. Les manches plaquées en haut par des plis serrés voient leur volume descendre autour du coude pour se resserrer finalement au niveau de l’avant bras vers 1838-39.

Portrait de Louise Charlotte, 1830/ Robes de mariée, gravure anglaise de 1835/ Souliers de bal 1830-1840/ Portrait de Irene, Graefin von Arco-Steppberg 1834/ Robes de jour 1834

Portrait de Louise Charlotte, 1830/ Robes de mariée, gravure anglaise de 1835/ Souliers de bal 1830-1840/ Portrait de Irene, Graefin von Arco-Steppberg 1834/ Robes de jour 1834

La silhouette s’épurera davantage vers 1840 pour laisser place à des robes moins chargées et plus élancées.

——–

MA RÉALISATION :

L’inspiration principale m’est venue d’une gravure anglaise de 1834. Il est rare que je me base sur une seule référence historique pour créer mon costume mais le temps me pressant et le coup de foudre immédiat que j’ai eu pour cette robe m’ont décidé ! C’est au cours de mes recherches pour trouver l’inspiration que je suis tombée sur cette gravure de mode. Bien que je m’en sois largement inspiré, je n’ai pas cherché à copier trait pour trait la gravure mais plutôt m’en inspirer.

Vers 1834, gravure anglaise

Vers 1834, gravure anglaise

Petite analyse de l’objet en question : Cette robe de bal datant de 1834 est composé d’un corsage agrémenté de ruban contrastant et assemblé à un jupe à larges plis s’arrêtant juste au niveau  » du coup de pied ». Cette longueur caractéristique de la période est idéal pour danser ! Les manches bouffantes dîtes bérets s’étalent largement sur les cotés. Des nœuds agrémentent un peu partout la tenue et deux niveau des épaules.

Pour ma version, j’ai opté pour un sublime satin bleu cobalt acheté à Amsterdam. Pour ceux qui ne le savait pas encore, j’habite désormais aux Pays Bas et bien que le marché St Pierre parisien me manque, je trouve toujours de petite merveilles dans des boutiques néerlandaises parfois centenaires !

Le satin est si fin et si fluide que j’ai été obligé de construire mon corsage avec trois couches : la doublure, la couche intermédiaire en coton rigide et le satin par dessus. Le tout bien évidement baleiné au niveau des coutures. Les manches ont été doublées d’un matériel rigide qui s’apparente à une sorte de tulle et montées en tuyaux d’orgue à la main. Je voue une admiration sans borne pour ce type de montage qui rend merveilleusement bien et permet de gérer un grand métrage avec aisance ! J’avais en stock cette adorable dentelle d’inspiration marine ( il me semble déceler des coquillages). Au lieu de suivre la gravure et de l’utiliser comme un pardessus, j’ai fais le choix comme cela se faisait aussi à l’époque de la positionner froncée sous la manche. Il aurait été dommage à mon sens de gâcher les plis du satin au niveau des manches. Le corsage est garni de rubans positionnés et montés à la main. Travail long et fastidieux mais il apport une petite touche originale et projette bien le buste !

v-1830s

Exemple de petites manchettes de dentelles à droite sur la robe rose. Gravure anglaise vers 1832

Fixation des rubans sur corsage puis montage à la main. Pas loin de 30 mètre de rubans auront été nécessaires sur toute la robe !

Fixation des rubans sur corsage puis montage à la main. Pas loin de 30 mètre de rubans auront été nécessaires sur toute la robe !

Viennent ensuite les noeuds au nombre de quinze, chacun monté en trois parties : base, élément pour serrer et petits rubans flottants. Petite digression historique et créative : j’ai traité les pendants de nœuds telles de petites flammes en les brûlants juste ce qu’il faut et leur intimer un mouvement virevoltant comme de petites flammes. La période Romantique est férue de Moyen Age et cela se voit dans le vêtement . Je me suis amusée à imaginer une similitude entre ces découpes du Moyen Age très dentelées et mes noeuds 1834.

Montage des noeuds avec rubans et double épaisseur de satin avant finition

Montage des noeuds avec rubans et double épaisseur de satin avant finition

Noeuds prêts à être posés ! Les petits du haut sont destinés à la coiffure

Noeuds prêts à être posés ! Les petits du haut sont destinés à la coiffure

La jupe à grands plis est donc garni de ces nœuds sous lesquels se trouve une large bande entremêlée de petits tubes de tissus garnis de ouate. Très à la mode dans les années 1820/1830, cette technique permet de créer un réel volume qui a peut d’équivalent dans l’histoire du costume !

Montage tube de ouate à la main

Montage tube de ouate à la main

Bien que le corsage et la jupe ont été montés à la machine, tout le reste a été fixé à la main, un travail de longue haleine !

Terminons par ce que j’aurais du traiter en premier, les dessous ! La chemise et le corset sont un peu plus tardifs. Par souci de confort et d’esthétique, je porte ma chemise et mon corset 1860 de forme sablier pour accentuer la taille. Vient ensuite un autre élément lui tout à fait historique :

L’incontournable jupon cordé qui structure la silhouette de base entre 1825 et 1840. Mon exemplaire m’a demandé un temps certain à la fabrication .45 m de cordages au totales enserrées dans deux couches de cotons .Il fut si agréable à porter et très flexible ! Moi qui eu souvent l’occasion de porter les crinolines armatures d’acier, le fait de porter une structure ( lourde certes ) mais si flexible est très étonnant comme sensation et très agréable à porter .

En plus de ce jupon, je porte deux jupons « simples » tous deux amidonné pour accentuer la silhouette en dome qui se dessine plus clairement en 1835 et après.

Mon jupon cordé

Mon jupon cordé

La coiffure quand à elle à la « Girafe » est garnie de postiches et tout un ensemble de fleurs, peignes, boutons etc…. Ces coiffures sont si sophistiquées qu’il faut bien deux heures pour arriver au résultat final !

1830s1

Photo par Bart Kools

1830s2

Photo par Bart Kools

1830s3

Photo par Bart Kools

1830s6

Photo par Bart Kools

1830s5

Photo par Timelight Photographie

—-

Crédits Photos: Angela Mombers( Walking throught history), Marie-Laure Colomban, Bart Kools, TimeLight Photographic

Sources/ Pour en savoir plus :

 > Galeries en ligne du Metropolitan Museum of New York.

>Wikimediacommuns

>Histoire du costume en occident, des origines à nos jours par François Boucher

>Le Costume Français chez Flammarion, collection Tout l’Art.

>Histoire de la mode et du costume par James Laver

>V&A’s collections

> Gallica ( bnf en ligne)

Advertisements

2 réflexions sur “Robe du soir cobalt 1834

  1. Léa dit :

    Bonjour,
    Je découvre ton blog, et je suis extremment impressionnée par ton travail !
    Je me ravie à l’idée de lire tes articles futurs et rattraper les précédents !
    Bravo et merci ! :)

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s